28 août 2008
A nous... les petits anglais!
A quelques pas du refuge cossu de Marie Touchet, en place de Grève, à l'enseigne du "Grand Godet", trois cavaliers étrangers s'abreuvaient tranquillement.
Ils avaient le visage buriné des grands voyageurs et les vêtements fripés et souillés, sans doute, par un long périple sur les routes de France.
L'épée qui pendait à leur ceinture refroidissait les éventuelles velléités de querelle des écoliers ou des notables chanoines de l'endroit.
Bien qu'ils se rapprochaient à chaque fois qu'ils prenaient la parole, il restait très difficile pour l'interlocuteur d'entendre les phrases longues. Ils se rapprochèrent encore. Un témoin de la discussion les confonderait très vite avec des comploteurs.
S'en étaient.
Sauf qu'ils avaient échoué! Leur informateur les avait mal renseigné: l'homme qu'il devait voir à Paris n'avait aucune origine anglaise ni aucune amitié pour leur pays. S'ils avaient pu, ils auraient quitté Paris dès ce soir. Ils n'aimaient pas cette ville, mais ils étaient fourbus de leur course depuis l'Espagne.
Ils reprendront la route le lendemain.
Le premier: "Je suis fatigué. Paie Kane que nous puissions avoir une chambre! Et puis dis à ton épouse que son expérience ne lui permet pas de me parler comme ça. Il ne faudrait pas qu'elle oublie que, malgré toute sa compétence elle s'est fait remettre des informations erronées!"
L'autre: "Oui, je vais payer l'aubergiste. Et toi, Gail, je voulais te prévenir que la prochaine fois que tu vas voir un de tes "contacts" que tu le veuilles ou non, je t'accompagne. Tu as tort, Gail, de vouloir toujours me mettre à l'écart je te rappelle que depuis quelques jours je suis ton époux devant Dieu."
La femme: "Sachez, tous les deux, que si je n'avais pas de "contacts" comme vous dites, nous ne gagnerions pas notre vie... Il est tard. Je suis lasse. Vas nous payer une chambre et cessons-là!"
Cette perfide danaïde monta se coucher sans autre parole, ni regard pour ses compagnons.
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27 août 2008
Paris.
La coche franchit au pas la porte de la route d'Orléans.
Dès les premiers instants, Hubert fut sous le charme. L'histoire d'amour entre l'homme et la Cité durera plusieurs décennies.
L'architecture monumentale de certains bâtiments, l'étroitesse des rues et la foultitude des badauds l'impressionnèrent aux premiers abords. Il en avait le souffle coupé. Que tant de personnes puissent se trouver au même endroit au même moment, lui paraissait invraissemblable presque mystique.
Son rêve avait toujours été de voyager aux confins du monde, de suivre les traces de Champlain au Nouveau Monde. Pourtant Paris lui apparaissait comme un univers à explorer tout aussi mystérieux que celui des "sauvages" de la France Nouvelle. Il accepta désormais son "exil" dans la capitale de meilleure grâce.
" Finalement, mon cher maître, l'avenir n'est sans doute pas aussi bouché que je n'aurais cru! "
Monsieur Bruneau ne répondit rien. Il se contenta d'observer ce garçonnet d'à peine 9 ans et qui, déjà, s'exprimait comme un adulte. Il se surprit à se féliciter intérieurement de son enseignement mais réprima très vite ce sentiment dès qu'il l'aperçut tirer la langue à un groupe de galopins qu'ils venaient de croiser.
" Ce n'est qu'un enfant! "
Le carrosse passa au pied de Notre-Dame. Hubert resta béat d'admiration tant qu'il eut la cathédrale en vue.
Ils traversèrent la Seine, puis la place de Grève en longeant les quais.
Ils s'arrêtèrent non loin, près d'un croisement des rues Saint-Antoine et Vieille du Temple. Un serviteur leur ouvrit la porte et les conduisit à travers des cours intérieures dans un petit hôtel particulier fort discret du quartier que les parisiens nommaient "le Marais".
Une femme d'une soixantaine d'année, encore jolie, les accueillit avec le sourire. " Bienvenue! ".
" ... elle avoit le visage plus rond qu'ovale, les yeux vifs et bien fendus, le front plus petit que grand, le nez d'une juste proportion, la bouche petite, le bas du visage admirable. Son esprit doux, vif, amusant, aussi incomparable que sa beauté rendoit encore ses charmes plus piquans... " lira Hubert plus tard.
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25 août 2008
Séparation.
Hubert avait toujours été un enfant obéissant et studieux. Mais lorsque sa mère lui annonça qu'il devait la quitter pour peaufiner son éducation à Paris avec monsieur Bruneau, il fit beaucoup d'efforts pour ne pas fondre en larmes. Ce jour-là, son précepteur, qui à défaut de celui de père jouait aussi le rôle de confident, tenta vainement de le consoler.
" Ne pleurez pas Hubert, non pas parce qu'un garçon ne doit pas sangloter mais juste parce que la situation ne vous en donne pas le droit!"
Le jouvenceau, il n'avait pas 10 ans, ne comprit pas mais prit ça comme un défi. Il retint donc ses larmes.
Il apprenait la vie.
Le lendemain, un carrosse les attendait et ils partirent aussitôt sans que sa mère vînt l'embrasser. A ce moment précis, Hubert, qui était d'une vive intelligence, comprit deux choses: la première était qu'il ne reverrait jamais le village qui l'avait vu naître et la seconde qu'il avait un protecteur à qui l'argent ne manquait pas.
A sa nourrice qui fermait la porte de la voiture, il dit une phrase qu'elle ne releva pas et qui, pourtant, révélait toute la personnalité du damoiseau et son extraordinaire clairvoyance.
" Vous direz à celle qui m'a donné la vie que je ne la décevrai pas! "
La porte qui claqua, marquait la fin de son enfance et le début de son destin.
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23 août 2008
Après l'épée, la robe!
Monsieur de Pluvinel était en retard.
Le Dauphin l'attendait pour son cours d'équitation. Déjà que monsieur de Souvré n'appréciait pas trop sa relation avec le jeune Prince, alors si en plus il se permettait de le faire attendre, la coupe serait pleine.
Et puis Louis n'aimait pas le désordre.
Il maudit les architectes royaux qui bâtissaient des palais aussi grands: il lui était même arrivé de se perdre dans le Louvre. Cette fois il ne pouvait se le permettre.
Il accéléra.
Lorsqu'il déboucha dans la cour, il comprit aux regards du précepteur et de son élève qu'ils lui en voulaient tous les deux.
" Veuillez me pardonner! Sa majesté m'a accaparé pour une affaire privée. Elle ne m'a libéré qu'en sachant que je devais vous initier, mon Prince. Je vous supplie humblement de me pardonner! "
" Et quoi, monsieur de Pluvinel! Mon éducation équestre ne vous semble-t-elle donc si peu importante que vous me fassiez attendre? "
" Ne croyez pas ça, Louis, votre père me disait encore à l'instant à quel point il était fier de vos prouesses cavalières! C'est juste qu'il tenait à me présenter un de mes anciens élèves qui devait prendre l'épée et qui finalement a choisi la robe! "
Le maître d'hippologie était fin, il savait que si la raison de son retard trouvait une explication grâce à sa majesté son père, le Dauphin pardonnerait.
Il pardonna.
Alors que Louis montait sur "le Bonnitte", qui piaffait d'impatience tenu par deux serviteurs en livrée, il montra sa clémence par un sourire.
" Et à qui dois-je cette impolitesse de votre part, je vous prie! "
" A monsieur du Plessis de Richelieu, mon Prince! Il se destinait à une carrière militaire. Il fut mon élève. Le pape lui a accordé l'investiture canonique pour l'évêché de Luçon. Il vient de prendre la charge. Il a fait le voyage jusqu'à Paris pour remercier votre père de sa confiance. "
"
Qu'en pense mon cher père, le roi! "
" Je ne sais pas, mon Prince. Il m'a seulement dit: "Cet homme est destiné à une grande carrière. Rendez-vous compte, Pluvinel, il est devenu évêque à 22 ans!". "
" Si mon père le dit c'est que c'est vrai, monsieur de Pluvinel! Comment dites-vous qu'il s'appelle déjà? "
" Armand Jean du Plessis de Richelieu, monseigneur! "
" Je retiendrai son nom. "
Il mit son cheval au trot.
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22 août 2008
Chevauchée matinale.
Monsieur de Souvré aimait le latin. Le Dauphin, lui préférait les promenades.
Gilles adorait les lettres. Le coeur de Louis penchait pour l'équitation.
Ainsi, en ce matin brumeux, dans le jardin en fleur, le visage de l'homme était fermé, celui de l'enfant radieux.
" Messieurs mes frères, nous allons faire deux groupes. Monsieur de Vendôme vous irez en compagnie de Monsieur votre frère et de Monsieur de Souvré. Monsieur de Verneuil, vous venez avec moi et Monsieur de Pluvinel. "
Ils chevauchèrent fort loin.
" Comment s'appelle ce lieu, Monsieur mon précepteur? "
L'interrogé s'approcha d'un paysan qui passait près d'eux.
" Dis-moi, l'homme, comment s'appelle cet endroit où nous chevauchons présentement? "
" Versailles, mon beau seigneur! Vous êtes près de la forêt de Versailles! "
Le Dauphin, qui était retombé dans sa mélancolie habituelle, annonca à son précepteur que l'endroit lui plaisait et que lorsqu'il sera roi, il y fera construire un château car:
" Versailles dites vous? Mon cher père m'a déjà parlé de cet endroit je crois! En le temps où il n'était pas encore Sa Majesté, il y avait rencontré Monsieur de Gondi qui lui a dit que la forêt y était giboyeuse. Nous y viendrons chasser et c'est par trop inconfortable d'avoir à parcourir tous ces lieux jusqu'à Saint-Germain après une telle fatigue! "
Ce à quoi Monsieur de Souvré, qui n'aimait pas non plus la vénerie, répondit:
" Monsieur, je sais que vous aspirez "à cor et à cri" à chasser à courre mais sachez que lorsque vous règnerez, les obligations du royaume vous accapareront trop pour que vous puissiez le faire! aussi je vous conseille humblement de vous plonger dans l'algèbre, les lettres et le latin, toutes ces choses de l'intellect qui vous seront utiles pour assumer vos tâches royales! Et puis, quel roi accepterait de vivre dans une campagne si morne? "
Louis soupira.
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13:30 Publié dans CAPE, FRANCE, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
21 août 2008
Rêveries transatlantiques.
" ... Le 24e jour d'aoust, nous partismes de Gachepay, le vaisseau dudict sieur Prévert & le nostre. Le 2e jour de septembre, nous faisons estat d'estre aussi avant que le cap de Rase. Le cinquième jours dudict nous entrasmes sur le banc où se fait la pesche du poisson. Le 16 dudict mois nous estions à la sonde qui peut estre à quelques 50 lieues d'Ouessant. Le 20 dudict mois, nous arrivasmes, par la Grâce de Dieu, avec contentement d'un chascun, & toujours le vent favorable, au port du Havre-de-Grace. FIN. "
Monsieur Bruneau, le précepteur se tut.
Il était tard.
La chandelle qui leur servait à s'éclairer n'était plus qu'une mèche flottant sur la cire chaude. Le précepteur alla en prendre une autre dans le vaissellier. Il l'alluma et la fit tenir dans le chandellier sur les restes de la précédente. Finalement il se tourna vers son élève qui se tenait sagement sur sa chaise face à un livre ouvert. Il était toujours sous le charme de ce qu'ils venaient de lire ensemble. Les paroles de son maître le sortirent de sa rêverie.
" Hubert, vous n'oublirez pas votre promesse: demain nous nous plongeons dans les arcanes de l'algèbre. Nous sommes bien d'accord? "
" Oui, maître, je n'oublierai pas. "
" Ce n'est qu'à cette condition que je vous ai accordé de lire la fin de " Des sauvages, ou voyage de Samuel Champlain de Brouage fait en la France Nouvelle ", livre dont vous ne cessez de me rebattre les oreilles! "
Le jeune garçon aux boucles blondes écarquilla ses yeux azurs.
" Quand je serai grand, je serai aventurier ou explorateur comme Champlain! "
Il avait un sourire béat.
Il grimpa brusquement sur la table, mima un capitaine sur son bâteau. Il ferma un oeil et mis ses deux mains devant l'autre comme s'il tenait une longue vue.
" Nous approchons d'une terre inconnue. Nous y déposerons la bannière du royaume et l'appellerons "l"Hubérie"! "
Monsieur Bruneau ne put s'empêcher de rire.
" Oui, oui! En attendant vous feriez mieux d'aller vous coucher car demain c'est l'algèbre qu'il vous faudra conquérir! ... Allez faire une bise à Madame votre mère et venez me rejoindre! "
" Bien mon capitaine! "
Nouveau fou rire.
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16:59 Publié dans CAPE, FRANCE, NOUVELLE FRANCE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Ad majorem Dei gloriam.
D'habitude ses maux de tête passaient par "la grâce de Dieu". Pas aujourd'hui.
Il venait d'avoir une vision: toujours la même. Il se voyait ecclésiastique auprès de sa majesté Henry. Auparavant il apparaissait tout de blanc vêtu, de la robe à la capuce. Cette fois-ci, il s'était présenté devant le roy, habillé à la couleur des corbeaux. Etait-ce un bon présage? Il semblait y croire car il ne souhaitait pas s'arrêter sur un échec.
Il ne sera pas folietani, le Seigneur en avait voulu ainsi.
" Seigneur Dieu, tu viens de me faire un signe. Je l'ai compris! A quelque chose malheur est bon!... Ad majorem dei gloriam... Je serai jésuite."
Il se signa par trois fois en psalmodiant.
Il saisit son couvre-chef en feutre avant de sortir. 
Il prit la direction de la Maison Professe dans ce quartier du Marais si cher à Henry, tout près de la future Place Royale et non loin du quartier des Halles dans lequel François adorait jouer au chaland.
Il apercevait déjà la place de Grève. Il y était presque!
Le ciel était bas. Cet été 1606 n'en finissait pas d'être triste.
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14:11 Publié dans EPEE, FRANCE, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Un Dauphin et des larmes.
Lorsque le Dauphin est né, les larmes coulaient sur la face de son père aussi grosses que des petits pois.
Héroard n'était pas satisfait de la dernière page de son journal. Il tendit le parchemin au dessus de la flamme d'une chandelle. Il s'enflamma. Le médecin décida d'aller se coucher car il n'écrirait rien de bon aujourd'hui. Il saisit le bougeoir, vérifia que rien d'important ne trainait sur le bureau et sortit. Lorsqu'il passa près de la porte de la chambre royale, il jeta un coup d'oeil. La reine et le dauphin dormaient à poings femés. Il posa un regard paternel sur le nourrisson dont le sommeil était agité.
" Pauvre Louis, tu es né d'un père que les femmes perdront et d'une mère qui n'aime pas les enfants. Ca ne sera pas facile pour toi d'être un bon roi. Saches t'entourer! Pour le reste, ta santé fragile et tes états d'âme, je serai à tes côtés aussi longtemps que je le pourrais! Dors, Louis car tu n'en auras plus souvent l'occasion. "
Il referma la porte de la chambre le plus silencieusement possible. Il gourmanda un serviteur qui somnolait dans le couloir et pénétra dans la pièce voisine, un boudoir dans lequel trônait un lit d'appoint. Afin d'être au plus près de la reine et du nouveau-né, il avait souhaité qu'on lui aménage cette salle plutôt que de dormir dans sa chambre habituelle, dans l'autre aile du château de Saint-Germain-en Laye.
Le docteur s'alita. Il aurait du mal à ouvrir les bras de Morphée car il ne parvenait pas à ôter de son esprit une inquiétude: et si Louis venait à décéder prématurément?
Je luy disois qu'il fallait estre bon et juste que Dieu l'avoit voulu donné au monde pour cet effet. écrira-t-il deux mois plus tard.
Car, il fallait à Henry un descendant mâle pour que tous les sacrifices qu'il avait consentis ne soient pas vains.
Il ne pouvait pas mettre sur le trône un de ses bâtards!
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10:08 Publié dans CAPE, FRANCE, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
20 août 2008
Hubert.
En ce jour, 27 septembre 1601, moi, Docteur Jacques Hanaille, assisté de Marcelline, sage-femme, ait mis au monde un garçon, bien portant et criant. Il est prénommé Hubert, Henry, Louis. Il est né en la demeure de sa mère, Dame Blandine Bénouchet, blanchisseuse en le bourg de Sainte-Orse et de père inconnu.
Il posa sa plume et sècha l'encre du feuillet. Il relut ces quelques phrases par lesquelles il venait de sceller le destin du nourrisson qui dormait du sommeil du juste, emmitouflé sur la poitrine de sa mère.
Le médecin tendit la page à Madame de H..
Après un dernier regard attendri sur son fils, elle la lui redonna. De la tête elle fit un signe approbateur. Ses yeux se fermèrent et ses joues rosirent en se couvrant de larmes. Pour son propre bien, Hubert ne sera pas son enfant !
Le médecin céda la place au Sieur Hocousse, l'intendant de la Dame.
L'heure des comptes était venue.
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Naissance d'une légende.
Jamais la maison de Blandine n'avait connu un tel remue ménage.
Le médecin du village avait transformé le rez-de-chaussée en un véritable hôpital de campagne. Les serviteurs de Madame de H. allaient et venaient de la chambre au salon et du salon à la cuisine. Le docteur jeta un regard anxieux vers la vieille femme qui lui servait d'assistante.
" Tout ira bien, docteur! Ce n'est pas votre premier accouchement et Madame ne paraît pas nerveuse. Tout est prêt. Ca ira, croyez moi! "
A peine rassuré, le bonhomme, dont la calvitie naissante vieillissait le visage rougeaud, promena son ventre rebondi jusqu'à la table de la cuisine. Il vérifia une énième fois les ustensiles qu'il avait préparé. Certes, ce n'était pas la première fois qu'il allait mettre au monde le fruit d'un amour interdit mais cette fois, le secret était si énorme qu'il se sentait investi d'une mission. D'autant plus que Madame de H. avait toujours été bonne pour eux, qu'elle était d'ailleurs la marraine de plusieurs enfants du bourg. Il se devait de réussir à sauver la mère et le bébé!
" Docteur! Docteur! Les contractions ont commencé. "
Les dés étaient jetés.
La légende était en route.
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