26 septembre 2008
Disgression.
La tape amicale de monsieur Bruneau sur son épaule, sortit Hubert de sa torpeur. Il tenta maladroitement de masquer son désarroi lorsqu'il constata que, n'ayant pas eu le temps d'aller plus loin, il s'était mouiller les chausses.
En fait de coup de foudre, il n'entendit rien, que les battements lancinants de son coeur! Il en était sourd.
"Qui, ... qui est-elle?"
Sans répondre monsieur Bruneau lui montra l'humidité du sol.
"Ne me dites surtout pas ce qu'il vous est arrivé! Où restiez-vous mon jeune élève? Monsieur d'Elbeuf et moi vous avons cherché plusieurs minutes! Il serait dommage que vous ratiez le plus intéressant. Venez."
Hubert le suivit nonchalamment. Il ne releva pas que son précepteur s'était pris au jeu de l'écoute discrète.
Lorsqu'ils revinrent dans la salle, monsieur de Guise-Lorraine avait fait monter, sans qu'ils sachent trop comment, une table des fauteuils et un repas frugal, froid mais apétissant. Il attaquait une cuisse de poule et leur fit signe de se joindre à lui.
En bas, La Porte avait repris depuis quelques instants mais ils n'avaient rien raté.
"Devant cet imbroglio politique, l'empereur Rodolphe prononça le séquestre des duchés, prétextant qu'il était juge et souverain de ces fiefs. Il voulait surtout raffermir son autorité durement mise à mal en Bohême par ces mêmes protestants qui réclament Clèves et Juliers."
"Comment ça?... Est-ce hors de propos que de vous demander un éclaircissement sur ce point?"
La Force avant de répondre à la sollicitation du Dauphin, se tourna vers le roi. Celui-ci n'en revenait pas que son fils, d'habitude peu enclin à la politique, demanda des précisions. Il opina de la tête.
Mais le narrateur dût patienter le temps que les serviteurs installent de quoi se restaurer à même la table. Il fronça les sourcils afin d'exprimer son mécontentement devant leur lenteur.
Ils sortirent.
"En préambule, en ce qui concerne cette affaire, il faut que je vous dise que l'Empereur Rodolphe est réputé faible d'esprit, comme de nombreux Habsbourg d'ailleurs! Il s'entoure des meilleurs médecins qui le soigne avec des plantes et des remèdes mystérieux qu'ils sortent dont ne sait quel grimoire. Leur efficacité semble douteuse puisque sa maladie mentale le travaille toujours. Pour cette raison, une grande partie de son empire se trouve, à sa demande, sous l'autorité de son frère Matthias. Ce dernier est, en effet, roi du Vorlande, vaste domaine qui comprend, notamment le duché du Tyrol et la principauté du Vorarlberg en Autriche. Outre ce "second roi", Rodolphe II doit faire face à une instabilité croissante au sein même de l'Empire comme à ces frontières."
Comme il débordait très largement de son sujet de départ, La Force soupçonna un certain ennui de son auditoire. Contre toute attente, il n'en était rien, tous se languissaient de la suite, suspendus à ses lèvres. Nos trois amis avaient rapproché leur table de la cheminée. Hubert s'était, lui, assis à même le sol, un paté en croûte sur les genoux afin qu'aucun détail ne lui échappe.
Rassuré, La Force reprit:
"Il faut dire qu'il s'est proclamé résolument pour la Contre-Réforme et s'est donc attiré l'animosité de nombre de ses vassaux protestants. En Hongrie, la révolte l'a obligé à donner encore plus de prérogatives à son frère qui signa d'ailleurs un traité de paix défavorable aux Habsbourg. La Roumélie ottomane et la Turquie musulmane sont aussi agitées. Alliées à certains protestants, elles menacent, toutes deux, l'intérieur même de l'empire, ce qui a contraint, récemment, Rodolphe à céder à Matthias, beaucoup plus compétent que lui, l'Autriche, la Moravie et la Hongrie. Son empire décline, aussi, tente-t-il de conserver ce qu'il en reste en faisant des concessions aux réformés de Bohême. Ceux-ci ne furent pas dupes du "Majestät" qui leur accordait une certaine liberté de culte. Là encore, je pense qu'un jour prochain, Rodolphe sera forcé de "céder" la Bohême à Matthias peut-être même abdiquera-t-il en sa faveur? Rien n'est impossible. Il n'aura sans doute plus d'autre solution."
"Comprenez-vous maintenant pourquoi les duchés bas-rhénans l'intéressent-ils tant? Ils lui premettraient de retrouver un peu de sa superbe et d'affliger un revers à son frère, devenu plus puissant que lui."
"Effectivement, je vois maintenant la situation délicate dans laquelle l'Empereur Rodolphe se trouve. Veuillez reprendre, je vous prie, le récit sur Clèves et Juliers."
"Avec grand plaisir, votre altesse!"
Mais l'irruption de Marie, l'épouse du roi, l'en empêcha. Cette tornade emporta les dernières résistances de La Force qui s'assit en bougonnant. Henry non plus ne paraissait pas très heureux de voir ainsi débarquer sa furie de femme. Il savait ce qu'elle venait faire et qui lui avait demandé d'interrompre son conseil: elle allait lui demander pour la millième fois de la faire Reine, envoyée qu'elle était par Conchine et sa naine.
Il était fatigué. Qu'elle lui demandât ce qu'elle voulait et qu'elle partît vite. C'était tout ce qu'il souhaitait, dût-il accepter!
"Monsieur mon époux, je profite de vous trouver là pour vous supplier de me couronner Reine au plus tôt. De quoi ai-je l'air je vous le demande? Moi qui suis déjà bafouée par toute vos maîtresses, certaines s'étant prises à rêver d'être votre épouse et ces morveux de bâtards qui courent jusque dans mon jardin..."
"Bien ma mie, vos désirs seront des ordres..."
Deux personnes eurent alors un rictus: la Médicis qui triomphait et monsieur de Béthune qui pestait.
...
22:33 Publié dans AUTRICHE, BOHEME, CLEVES, EPEE, HONGRIE, JULIERS, MORAVIE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES, ROUMELIE, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, TURQUIE, VORARLBERG | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25 septembre 2008
Alliances.
Toujours cachés, les trois indiscrets, écoutèrent La Force reprendre son dicours après cette longue interruption.
"Pourquoi sont-ils les favoris pour la succession de Clèves et de Juliers? Tout d'abord parce que même si sa belle-mère est morte, Jean Sigismond est le gendre de la soeur aînée héritière du Duché de Clèves depuis la renonciation des trois autres par contrat de mariage. Pour Neubourg, son épouse, devenue l'aînée depuis la mort de Marie Eleonore, elle réclame ce qu'elle croit être son dû, étant la parente en vie la plus proche du défunt. Ce serait compter sans ce contrat de mariage dans lequel il est stipulé qu'elle renonce à la succession pour sa soeur aînée ou pour l'aîné de ses enfants..."
"Où est le problème alors?" se risqua Louis.
"L'appât du pouvoir! L'héritage est par trop conséquent pour que Neubourg mette fin à ces prétentions comme ça. Surtout qu'il a des alliés de poids depuis le temps qu'il prépare cette éventualité. Il s'appuie sur Jean Frédéric, Prince de Montbéliard, Duc de Würtemberg pourtant marié à Barbara de Brandebourg, une des soeurs cadettes de Jean Sigismond et sur Georges Frédéric, margrave de Bade-Durlach. Quant à Brandebourg dont l'épouse, je vous le rappelle, est l'héritière légale des duchés bas-rhénans, il s'est ménagé, pour défendre ses intérêts, une alliance avec les Provinces-Unies du stathouder Maurice de Nassau, dont nos gens ont contribué, récemment, à donner une trêve dans sa lutte contre l'Espagnol et avec le Palatinat du prince-électeur Frédéric et de son tuteur, Jean II des Deux-Ponts, lui même neveu de Neubourg et marié à Catherine de Rohan soeur du duc régnant."
"Voici maintenant que cela se transforme en querelle familiale!"
Cette remarque n'étant pas des plus pertinentes dans une guerre de succession où tout n'est que conflit filial, personne ne la releva.
D'ailleurs, Hubert avait légèrement décroché du fil de la discussion. Il en profita pour s'éloigner un peu à la recherche d'un endroit où uriner. Il sortit. Ce fut durant cette courte errance qu'il la rencontra pour la première fois. Elle devait avoir son âge, ou un peu plus, et était accompagnée d'une duègne.
Elle était brune.
Elle était belle.
Il n'osa l'approcher tant son coeur battait la chamade. Elle ne fit que traverser son horizon mais avait rempli son coeur. Désormais, elle serait sa seule idole, son unique muse, à jamais.
Tout comme Henry, il avait trouvé sa Gabrielle.
Tout comme Henry, il en était éperdument amoureux.
Tout comme Henry, il rêvait de mariage.
C'était la seule alliance à laquelle il prétendait. Elle changerait sa vie.
...
08:40 Publié dans BADE-FURLACH, BRANDEBOURG, CAPE, CLEVES, DEUX PONTS, EPEE, JULIERS, NEUBOURG, PALATINAT DU RHIN, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES, PROVINCES-UNIES, ROHAN, WURTEMBERG | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23 septembre 2008
Indiscrétion.
"Monsieur Hubert, jouer les espions n'est pas digne d'un garçon de bonne famille!"
"Oui, monsieur Bruneau, je le sais! Heureusement pour moi, je ne suis que le fils d'une blanchisseuse!"
Cette réplique suffit à faire taire monsieur Bruneau qui se rapprocha de la cheminée par laquelle écoutaient les deux enfants. C'était une idée du duc d'Elbeuf qui avait découvert l'endroit par hasard un jour en jouant à cache cache avec le Dauphin. Devant le manège du précepteur, les chenapans, rièrent de bon coeur. Ils avaient l'amitié facile de deux enfants en manque d'amour filial. Ils tendirent l'oreille car le discoureur reprenait son exposé.
...
"Donc, les deux favoris dans cette querelle de succession sont l'Electeur de Brandebourg, le calviniste Jean Sigismond qui a la chance, si je puis dire, d'avoir épousé Anne de Prusse, la première fille de feue Marie Eleonore, fille aînée de Guillaume de Clèves et de Albert Frédéric, second duc de Prusse et, lui-même, fils du dernier Grand Maître de l'Ordre Teutonique et Philippe Louis de Wittelsbach, comte palatin de Neubourg et époux de Anne de Clèves, la seconde fille du défunt. Lui aussi est un protestant, un luthérien..."
Une voix que les trois espions reconnurent comme celle du Dauphin intervînt.
"Nous dirigeons nous vers une guerre de religion entre Réformés?"
"Non, votre altesse, pas tout à fait!..."
Une nouvelle interruption.
Cette fois semblait-il, quelqu'un venait d'entrer dans la salle du conseil. Les autres restèrent silencieux. L'importun sortit bientôt imité par un de Béthune plutôt contrit de devoir s'absenter un moment mais il s'agissait d'une affaire de la plus haute importance. Il devait s'entretenir avec une personne, mais il reviendrait très vite.
Nul ne sut réellement ce qu'il se dit durant ce bref interlude entre Sully et la mystérieuse personne mais lorsqu'il revînt il annonça au Roy d'une voix lugubre:
"Pardonnez-moi, sire, il s'agissait de Mademoiselle de Gournay qui tenait à me présenter une amie à elle, une certaine Jacqueline d'Escoman. Ce qu'elles avaient à me révéler ne pouvait supporter de délai... Mais reprenons La Force, s'il vous plaît!"
"Jarnicoton, mon bon Béthune, est-ce pour deux donzelles que vous interrompez notre conseil? Je croyais que c'était à moi à qui seyait ce genre de jupon?"
Maximilien se força à rire à la plaisanterie de Henry.
Quant à Hubert, il n'en manquait pas une miette.
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08:45 Publié dans BRANDEBOURG, CAPE, CLEVES, EPEE, FRANCE, NEUBOURG, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES, PRUSSE, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
22 septembre 2008
Conflit d'héritage.
"Sire, afin que vous compreniez bien la situation je vais faire un court retour dans l'histoire. 1356 est l'année de la fondation du Duché de Juliers. A la suite d'une alliance, en 1423, lui est rattaché le Duché de Berg. Nous arrivons ensuite en 1511, date à laquelle Jean III, duc de Clèves et Comte de Ravensberg et de Mark en prend possession. La succession se passe sans problème jusque très récemment. En effet, en 1592, son fils, le duc régnant Wilhelm de Clèves meurt. Son dernier fils, Johann Wilhelm, Jean Guillaume en français, lui succède. Il est mort l'année dernière sans enfant. Il ne reste que ses quatre soeurs. L'héritière officielle, l'aînée des quatre filles , est décédée. Alors, la situation économique et géographique des duchés bas-rhénans étant florissante, les candidats à la succession se bousculent."
La Force fit une pause pour voir si l'auditoire suivait bien le fil de son exposé. Louis semblait bien plus attentionné qu'à l'habitude. Il fit une remarque au narrateur qui fit pouffer son père:
"Poursuivez donc, La Force, ne me faites pas tant languir."
"Que votre majesté me pardonne! ... Laissez-moi vous présenter ceux qui briguent l'autorité à Juliers et Clèves. En premier lieu citons, l'Electeur de Saxe, Christian II et les descendants du duc Ernest qui remontent à l'expectative de 1483 leur accordant le duché de Juliers. Ensuite viennent les quatre soeurs de Johann Wilhelm par l'intermédiaire de leur famille respective. Tout d'abord, le Duc Jean Casimir, comte palatin des Deux-Ponts - Zweibrücken en allemand - et de Kleeburg qui revendique les duchés en tant que fils de Magdelaine, troisième soeur du défunt et de feu Jean de Wittelsbach. Arrive ensuite, Charles d'Autriche, marquis de Burgow, cousin germain de l'Empereur Rodolphe, évêque séculier de Breslau, Prince-évêque de Brixen et surtout époux de Sibyle, quatrième soeur du défunt. Ceux-ci sont les moins probables. Passons, si vous le voulez-bien, aux deux principaux..."
A la grande satisfaction d'Henry, Louis interrompit le discours pour se faire préciser les choses.
"Les autres je ne sais pas mais ce dernier, Charles d'Autriche, je suis certain qu'il s'agit d'un Habsbourg non? Mon père, ne serait-ce pas cette famille qui dirige la moitié de l'Europe dont l'Espagne, fervente catholique et ennemi de la France?"
Afin de ne pas montrer sa joie, Henry le grand laissa La Force répondre.
"La clairvoyance de votre majesté n'a d'égale que sa connaissance de la politique étrangère: Charles de Habsbourg, est archiduc d'Autriche et bien membre de cette famille onnie par sa majesté votre père, issu de la grande famille des Bourbon et ennemi traditionnel des Habsbourg... Mais parlons des deux candidats à la succession les plus importants, j'ai nommé Johann Sigismund de Hohenzollern et Phillip Ludwig, frère aîné de Jean des Deux Ponts et, par conséquent, l'oncle de Jean Casimir..."
Louis, désireux de briller devant son père chéri, intervînt une nouvelle fois, fort à propos.
"Le premier, ce Hohenzollern, ne serait-il pas de la Réforme?"
"Si en effet!" lui répondit monsieur de Béthune qui prenait des notes.
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10:55 Publié dans AUTRICHE, CLEVES, DEUX PONTS, EPEE, JULIERS, PERSONNAGES HISTORIQUES, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, SAXE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19 septembre 2008
Dernier conseil.
Louis
arriva alors que, comme à l'accoutumée, son irrascible père jurait.
"Jarnicoton! Ce petit prince de merde, que j'ai élevé comme mon fils, cet infâme orphelin que j'ai eu la charité de prendre sous ma protection malgré toutes ces vipères qui prétendaient qu'il était un bâtard, ce qu'il est ne l'oublions pas, et qui allaient jusqu'à prétendre que sa défunte mère, la charmante madame de la Trémouille, paix à son âme, avait assassiné son époux, ce belâtre au vit restant plat, ce benêt à qui j'offre une épouse magnifique, n'a rien trouvé de mieux que de me trahir et de partir se réfugier dans une place forte de l'ennemi. Il va me le payer croyez-moi! Ils vont tous me le payer. Il faut apprendre à tout l'univers que le moment pour lequel le Roi Très Chrétien se prépare depuis tant d'années et avec tant de soins est enfin arrivé!"
Monsieur de Béthune, qui était présent, nota ces dernières paroles qu'il retenut comme historiques.
"Entrez mon fils! Venez assister au conseil le plus important de votre règne. Des décisions qui vont se prendre ici dépendra l'avenir du Royaume et de l'Europe. Avant tout chose, pour que vous compreniez bien, je vais laisser ce cher de la Force vous présenter la situation. C'est le grand dessein de ma vie, et celui de votre règne, alors veuillez bien tout saisir, monsieur mon fils!"
Louis resta silencieux tant il trouvait cette perspective fastidieuse. Ce qui le contrariait le plus était qu'il manquait une franche partie de rigolade avec Elbeuf et Hubert. Il se résigna. Il s'affala sur son siège pendant que Nompar de Caumont, plus habitué à l'écriture, tentait de regrouper ces idées. Le futur chef de l'armée de coalition se râcla une ultime fois la gorge.
"Sa Majesté, avec ses alliés, va entrer en guerre contre le Saint Empire Germanique pour la succession des Duchés de Clèves et de Juliers."
Monsieur de la Force était fort content de ce début qu'il estimait à la fois aguicheur et prometteur pour la suite.
Louis était loin de penser comme lui. Il s'ennuyait ferme. L'esprit ailleurs, il regardait par une fenêtre, monsieur d'Orléans, son petit frère adoré qui prenait l'air avec le sieur de Soliers qui devait lui raconter une histoire. Cette vision le revigora pour la journée et lui fit prendre son mal en patience.
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08:11 Publié dans CAPE, CLEVES, EPEE, JULIERS, PAYS-BAS ESPAGNOLS, PERSONNAGES HISTORIQUES, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18 septembre 2008
Un veneur mal venu.
"Comment ça parti? Monsieur, vous êtes en train de me faire comprendre que je ne puis aller à la chasse parce que le grand veneur est parti? Ce n'est pas vrai! Pourquoi m'a-t-il fait ça?... Et où est-il? Qu'on aille me le chercher et me l'amener au plus tôt! Je veux chasser le cerf, vous m'entendez?"
"Nous ne pouvons, monseigneur puisqu'il a quitté le pays. Il s'est réfugié à Bruxelles dans les Pays-Bas espagnols avec son épouse! De plus, sa majesté souhaiterait vous entretenir sur une affaire délicate. Elle a précisé: sans délai."
"Non. C'est aujourd'hui que je devais m'amuser. Mon père avait même envoyé son capitaine des gardes chercher mon nouvel ami Victor..."
Monsieur Bruneau, qui ne savait pas où se cacher, ne put arrêter l'incartade puisque les mots de Hubert s'envolèrent:
"Hubert, votre majesté! Je me prénomme Hubert!"
"Qui ose interrompre ma colère? J'ai déjà dit mille fois que lorsque je peste contre les incompétents qui m'entourent, qu'il fallait ne surtout pas m'importuner. Victor, Hubert? Quelle importance? Vous êtes mon nouvel ami que mon père m'a lui-même choisi, n'est-ce pas?"
"S'il plaît à votre majesté!"
"Il me plaît en effet. Alors que vous importe que je vous appelle Victor ou quelque soit comment d'ailleurs? S'il me chante de vous appelé César comme mon frère, cela vous gênerait-il?"
"Ca me gênerait en effet! Devant Dieu je me prénomme Hubert et c'est ainsi que j'ai été présenté à sa majesté votre père!"
Hubert gagna cette première joute qui annonçait les suivantes. Car ces deux là, aussi différents qu'ils étaient, ne se quitteraient plus. Comme si c'était écrit. Ou organisé.
Seul monsieur Bruneau se fit des cheveux blancs ce jour-là.
"Hubert, dites vous? Et d'où venez-vous, monsieur? Aimez-vous la chasse? Je dois me rendre au conseil de mon père, attendrez-vous mon retour que nous jouions?"
"Les désirs de votre majesté, sont des ordres!"
Et de se fendre d'un sourire et d'une révérence.
Le précepteur pouvait respirer.
"Puisque nous sommes d'accord, je vous laisse en compagnie d'Elbeuf! Je n'aime pas trop les charges de l'état, je ne serai pas longtemps
absent!"
Nouvelle révérence.
Hubert signa son entrée à la cour par une partie de cache cache avec monsieur de Guise-Lorraine.
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14:20 Publié dans CAPE, FRANCE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17 septembre 2008
Cordon bleu.
"Je ne veux pas y aller!"
"Monsieur mon élève, ne faites pas l'enfant! Sa majesté souhaite que vous teniez compagnie à son fils, vous le ferez. Je vous prie de croire que de nombreux gamins du royaume aimeraient être à votre place!"
"Grand bien leur fasse! s'ils désirent être des pantins ou des poupées aux mains d'un enfant capricieux, qu'ils ne s'en privent pas! Moi, je ne veux pas y aller!"
"Cessez-là, Hubert Bénouchet! Vous parlez du fils de la France, du Dauphin, du futur roi. Si vous étiez adulte vous auriez été banni pour de tels propos!"
"M'en fiche, je ne veux pas y aller!"
Heureusement pour monsieur Bruneau qui perdait patience, le marteau d'entrée résonna.
"Remisez vous! Voilà qu'arrive l'envoyé de sa majesté."
Le précepteur alla ouvrir.
Il précéda un homme d'une cinquantaine d'années, à l'étiquette martiale.
Hubert jugea de l'importance du visiteur au visage crispé de son maître, à la magnifique épée que l'autre avait ceinte et surtout à la croix à quatre branches portant en son centre une colombe aux ailes déployées et à la tête en bas que l'inconnu portait en écharpe.
Le garçon, tremblant d'excitation, ne put réprimer un éclat de voix:
Il était devant un des cent plus hauts dignitaires du royaume, un de ces "cordons bleus" comme les appelait monsieur Bruneau lorsqu'il les lui décrivait. celui qui venait le conduire devant Louis de France était un chevalier des ordres du roi. Jamais il n'aurait pensé en avoir un devant lui en chair et en os. Il était tétanisé.
"Monsieur le Marquis, je vous présente Hubert Bénouchet, le garçon que vous êtes venu escorter jusqu'aux appartements de son altesse le Dauphin. ... Hubert, venez saluer comme il se doit, monsieur de Choiseul, Marquis de Praslin, capitaine des Gardes de sa Majesté, qui vous fait l'immense honneur d'être votre escorte."
L'adolescent ne pouvait plus refuser.
Mais déjà, monsieur de Praslin faisait demi-tour. Il lança à l'intention du précepteur:
"Très bien, Bagnols, ne tardons pas s'il vous plaît! Louis attends monsieur pour aller à la chasse!"
Hubert suivit, fort marri de ne pas savoir monter à cheval.
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11:51 Publié dans CAPE, FRANCE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
16 septembre 2008
Invitation.
Alors qu'il ferraillait dans une salle d'armes au Louvre, Hubert eut le privilège de rencontrer sa Majesté Henry le quatrième.
Le souvenir de cette journée restera à jamais gravé dans l'esprit de ce garçon de huit ans: il était devant un colosse, grisonnant, puant et tonitruant. Il bousculait tout sur son passage. Il était entouré d'une nuée de nobles personnages qui peinaient à le suivre tant il volait littéralement. Il ne prenait même pas le temps de saluer ses courtisans. Un ouragan passa près de Hubert, abasourdi.
Personne ne sut vraiment se qu'il se passa ensuite. Le roi s'arrêta net et revînt sur ses pas.
"Bonjour Maestro! Comment s'est passé le cours de mon fils ce jourd'hui?"
"Fort bien, votre altesse! Louis a votre force et votre adresse!"
Mais les paroles de Girolamo ne reçurent aucun écho. Henry dévisageait Hubert.
"Et celui-là! Qui est-ce?"
La gêne du vieil escrimeur était palpable. Il fut sauvé par l'arrivée providentielle de monsieur Bruneau à qui il ne fallut pas longtemps pour juger de la délicatesse de la situation. Il répondit à la place de Hieronyme.
"Il s'appelle Hubert Bénouchet votre altesse et ... c'est mon élève!"
"Comment dites-vous?"
"Benouchet. Sa famille est périgourdine!"
Le visage du sexagénaire s'illumina.
"Il est presque de chez moi alors! ... Benouchet?... N'ai-je pas connu madame votre mère, mon jeune ami?"
La réponse que fit Hubert, monsieur Bruneau, longtemps après s'en souvînt encore:
"Point n'est possible, ou dans une autre vie, ma mère étant blanchisseuse! Mais peut-être est-ce mon père qui eut l'honneur de rencontrer votre majesté? Jugez-en je suis né sur les terres de Hautefort!... "
Le roi ne répondit rien mais il souriait encore. Contre toute attente, et à la grande déception de Hubert, il se tourna vers le précepteur.
"Décidément, cette rencontre fut plaisante! Passez à l'occasion dans les appartements de Louis, ça lui fera plaisir de rencontrer un gamin de son âge et de discuter avec lui! J'aime avoir beaucoup d'enfants autour de moi..."
"Il en sera fait selon vos désirs, votre majesté!"
Ce fut leur unique rencontre!
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08:20 Publié dans CAPE, FRANCE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15 septembre 2008
Complot.
Elle fit un signe discret à Charlotte pour qu'elle servit le thé.
Pendant que, de mauvaise grâce, la jeune femme s'exécutait, la "naine noire" l'observa de ses yeux verts "comme le feu". Au fond, elles se ressemblaient toutes les deux, même si mademoiselle du Tillet n'avait jamais été mariée. Toutes deux s'étaient attiré l'amitié et la confiance de la reine, toutes deux avaient de l'ambition et toutes deux complotaient. Mais l'amante de monsieur d'Epernon n'était pas la soeur de lait de Marie, là était toute la différence.
Charlotte posa la théière et reprit là où elle en était avant cette interruption inopportune.
"Grâce aux contacts parmi la compagnie de Jésus de Jean Louis, j'ai pu le faire habiter chez moi. C'est un fervent catholique. Il est persuadé que le Seigneur lui a confié une mission divine. Je ne parviendrais pas à le contenir longtemps. Il nous faut nous décider!"
L'hôtesse n'écoutait que d'une oreille distraite. Elle tentait de déceler un signe de faiblesse chez ce cher de Nogaret de La Vallette. Non décidément cet homme était une tombe. Tant mieux, il n'en servirait que mieux leur cause. Lui qui avait été un "demi-roi" ne parvenait pas à retrouver la confiance du roi, sa disgrâce l'avait tout droit conduit dans les jupons de Charlotte et, par voie de conséquence, à la cour de la reine. Il était un allié de poids. Il fallait un homme de sa trempe pour accompagner Henry ce jour-là.
Ensuite, avec l'armée et l'argent de son époux, il ne leur sera pas difficile de défendre leur position.
Il ne manquait plus qu'une chose: que Marie convaincque l'hérétique de la sacrer reine. Elle y travaillait. Le roi capitulerait, très bientôt.
Avec le Dauphin qui n'était qu'un enfant et, qui plus est, malade, elle, et Concino, seraient les maîtres du royaume.
Le Maréchal d'Ancre prit la parole de façon autoritaire. Il ne décolèrait pas.
"Oui, il est temps, en effet! Je ne supporte plus ces manières, à ce porc. Il ne cesse de m'appeler Conchine et me traite comme un brigand. Je ne peux en tolérer d'avantage! Agissons. D'autant plus que lors de mon quasi-assassinat au Parlement, il n'est intervenu que fort dicrètement sans oser rabattre le caquet à ces coquelets de clercs!"
Il avait la prétention et l'arrogance de parler le Français mieux que n'importe qui, aussi se permettait-il parfois ce genre de trait, somme toute assez ridicule mais qui faisait son charme. D'ailleurs son épouse se pamait presque devant sa verve.
La seule qui n'avait pas de bonnes nouvelles était Henriette.
La marquise de Verneuil venait d'apprendre que le jeune Louis avait peut-être un allié qui leur faudrait éliminé car il pourrait leur apporter des ennuis. Ce n'était qu'un enfant mais, d'après sa mère qui l'a hébergé quelques temps par faveur pour sa majesté, il a des appuis trop puissants pour être négligés. Elle a depuis perdu sa trace.
"Un enfant? Pourquoi devrions-nous nous méfier d'un jouvenceau sans cervelle?"
"Sauf votre respect, Maréchal, dans ce genre d'entreprise, il ne faut omettre aucun détail! Ca a failli nous coûter nos têtes, à mon père, mon frère et à moi, je vous le rappelle!"
Ce "petit détail" ulcérait la Galigaï.
"Comment s'appelle-t-il?"
"Hubert!"
La Maréchale, soudain prise de migraine, appela Elian à son chevet.
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08:30 Publié dans EPEE, FRANCE, ITALIE, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
12 septembre 2008
Chatouille.
Hubert et son mentor dînaient dans une petite auberge à deux pas de chez eux. Ils y mangeaient correctement et pour un prix acceptable.
"Ne vous ai-je pas demandé déjà, monsieur mon élève, de ceindre votre arme lorsque vous vous déplaciez seul? Croyez-moi c'est plus prudent."
"Pourquoi êtes vous si nerveux, monsieur mon précepteur? Qui en voudrait à un escolier tel que moi?"
"Je ne peux rien vous révéler pour le moment mais ne sous-estimez pas mon avertissement: vous ne soupçonnez certainement pas le nombre de personnes qui pourrait vous en vouloir!"
"Dites m'en plus. Qui suis-je donc pour qu'on puisse m'en vouloir?"
"Ne me pressez pas de questions. Pas encore. Je vous demande juste de me faire confiance. Apprenez, apprenez et apprenez encore... et, ventre saint gris, ceignez moi cette épée, s'il vous plaît!"
Hubert ne tînt pas à montrer son mécontentement tant l'angoisse de son professeur était visible. Il était tourmenté et, par compassion, le garçon ne voulut pas ajouter à son émoi.
Il désenveloppa sa belle lame de Tolède et la ceintura.
Il la portait avec un certain orgueil tant elle était magnifique.
Girolamo la lui avait choisi avec la maestria qui le caractérisait.
Souvent, les adultes qu'il croisait, souriaient d'un air méprisant, en voyant un enfant ainsi armé. Mais Hubert s'en moquait. Il aimait le contact réconfortant de sa rapière. D'ailleurs, comme s'il s'agissait d'un animal de compagnie, il lui avait donné un nom.
Elle s'appelait Chatouille.
Malgré les circonstances, ne restait-il pas un enfant?
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