19 octobre 2008
Saint-Amour et la guerre.
Après avoir rencontré ces polissons lors de leurs recherches d'un endroit tranquille, mademoiselle de Saint-Amour et sa duègne avaient finalement décidé de remettre à plus tard leur "lecture" et de retourner là où elles avaient laissé monsieur le Marquis. Aucune d'entre elles ne connaissaient le Louvre et elles avaient tant cherché une pièce libre où s'installer, qu'elles ne mirent pas longtemps pour s'égarer. Inquiète, la gouvernante résolut de demander son chemin dans ce dédale de couloirs. Elle en eut rapidement la possibilité lorsqu'elle pénétrèrent dans une petite pièce dans laquelle se trouvaient quatre hommes, penchés sur une table et qui semblaient en pleine discussion.
"Pardonnez-moi, nobles seigneurs, nous nous sommes égarées et nous désirerions rejoindre monsieur le marquis de Saint-Amour qui nous attend aux Tuileries. Pourriez-vous nous indiquer le chemin le plus court pour atteindre notre but, je vous prie!"
Au lieu de lui répondre, le quatuor se mit à rire. Le plus vieux, entre deux hoquets, se confondit en excuses:
"Belle dame, ne voyez aucune offense dans mon comportement et celui de mes condisciples. Mais votre question arrive au
moment de notre discussion le plus opportun, bien que vous ne pouviez en avoir la connaissance. Je vais vous répondre: le plus court chemin pour atteindre les Tuileries est de prendre la galerie aux bords de l'eau qui commence juste après avoir franchi cette porte que vous voyez là... Il regarde en souriant ses compagnons ...Et, après DEUX CENT CINQUANTE toises, vous serez arrivées."
"Ne l'écoutez pas, il est fol! Mon cher Jacques, vous vous trompez! Elles n'auront à faire que DEUX CENT QUARANTE NEUF toises avant d'atteindre les Tuileries. Vous savez à quel point je suis méticuleux, aussi ai-je mesuré 1494 pieds et non 1500. Je suis formel."
Laissant ces messieurs les architectes à leur querelle "de pieds", elles prirent la porte indiquée. Elles descendirent la galerie dans toute sa longueur, et, elles, sans compter leurs pas. Elles croisèrent au passage quelques ouvriers, tailleurs de pierres, maçons et vitriers encore à l'ouvrage. Madame de Montsénile, qui était, dans le temps où elle faisait encore tourner les têtes, déjà venue se perdre au Louvre, trouvait cette grande galerie bien utile.
Mademoiselle de Saint-Amour suivait quelques mètres derrière mais la tête loin devant. Elle pensait à ce garçon qu'elles avaient vu ce tantôt et dont l'image, qu'elle ne parvenait pas à sortir de son cerveau, lui faisait perdre son souffle. Elle se sentait d'humeur légère et vagabonde. Sa gouvernante qui marchait d'un bon pas prit de l'avance. Anne stoppa. Elle reprenait son souffle lorsqu'elle entendit une voix familière venant de dehors. Elle grimpa sur un banc pour se mettre à hauteur. Plusieurs personnes discutaient dans une langue étrangère mais celle qui l'avait attirée n'était autre que la voix ferme et grave de son père. Par la fenêtre, elle l'aperçut. Il palabrait avec deux hommes et une femme, habillés, tous trois, et c'est cela qui surprit le plus la fillette, comme des soldats. Les femmes feraient-elles donc la guerre elles-aussi? Elle lâcha un strident: "Père!" qui eut l'étrange capacité de faire fuir le sournois trio telle une envolée de moineaux et de mettre, semble-t-il, son père en colère. Il avait le regard sombre des mauvais jour, les joues écarlates et la mine déconfite. Il pestait.
"Que faites-vous là, mademoiselle ma fille? Où se trouve votre duègne qui ne devait pas vous lâcher d'une semelle? Le Louvre n'est pas un endroit pour les jeunes-filles de bonne famille, je vous l'ai déjà dit! Allez rejoindre madame de Montsénile. Vite, avant que je ne me fâche!"
Déjà, les bras fripés de la gouvernante saisissaient la petite chipie. Pour la forme, devant son père, madame de Montsénile la gourmanda. Mais dès qu'elles eurent mis de la distance, elle l'a serra fort sur son coeur.
Cette embrassade fit regretter à la jeune fille de ne point avoir connu sa mère: comment, cette inconnue, aurait-elle réagi face à cet homme passablement irritable? L'aurait-elle aimé autant que cette vieille bigote?
Et puis, dans l'insouciance de l'enfance, elle reprit instantanément son sourire et posa la question primordiale qui lui brûlait les lèvres et qui révéla, s'il était nécessaire, la candeur des filles de son âge:
"Madame de Montsénile, vous ne m'avez jamais dit si vous aviez des enfants à vous?"
...
21:54 Publié dans ANGLETERRE, CAPE, EPEE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


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Commentaires
Que dire ? C'est absolument délicieux et cela me ravit.
Ecrit par : christiane | 22 octobre 2008
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