27 octobre 2008

De la blancheur du panache.

Hubert renfila ses chaussures. Il était en sueur. Ses vêtements, achetés pour l'occasion, à grand frais et au grand dam de Bagnols, le démangeaient. En se grattant, il constata les dégâts: la chemise portait des accrocs, les chausses étaient trouées, et la ceinture, qui n'était pas prévue pour porter d'autres lames que celles d'apparât, était irrémédiablement abîmée. Il ne voulut pas affronter de suite le courroux de son précepteur. Il reprit sa place dans la cheminée. Pour se donner une contenance, il défourailla Chatouille et fît quelques mouvements "hieronimiens".

"... La défection des Provinces-Unies est un embêtement, il faut bien l'avouer. Nous avons trop bien travaillé, ils croient en la trêve! Nous qui pensions qu'elle entraînerait la guerre! Nous tombons de haut. C'est ça de traiter avec des gueux! Enfin... Peut-être que l'Angleterre, qui les a aidées par le passé et qui, nous n'en doutons pas, fournira quelques troupes, les fera revenir sur le chemin de la justice: les Provinces-Unies doivent entrer en guerre et fondre sur les duchés bas-rhénans, c'est le moins qu'elles puissent faire! Elles nous sont redevables, jarnidieu!..."

Le caractère martial de La Force, qu'il avait mis à l'écart durant son exposé, ressurgît soudainement, sans crier gare! Ils furent tous ébahis. D'autant plus qu'il utilisa le juron que Henry se voyait interdire! Sa Majesté s'empressa de le calmer et le somma de cesser là son discours vilipendeur. Sa Majesté prit elle-même la suite de l'explication à son compte:

"Cette absence ne nous sera, finalement, point trop préjudiciable puisque Brandebourg a rallié, en décembre, l'Union Evangélique. Celle-ci, composée désormais des plus puissants princes protestants, dont le landgrave Maurice de Hesse, sera donc dans l'obligation d'entrer officiellement dans le conflit... Ils paieront tous pour leurs brocards! Elle aussi, la garce! Puisqu'elle ne veut pas la paix, elle aura la guerre! J'accomplirai mon Grand Dessein, c'est maintenant une certitude!"

La Force crût bon de reprendre la main.

"Oui, Sa Majesté souhaite une République Chrétienne. Nous la lui donnerons!"

"Merci La Force, mais vous allez quand même vite en besogne! N'oubliez pas qu'au sein même de la cour, des personnes importantes et proche de Sa Majesté, pactisent avec l'ennemi. Le sacre, que Sa Majesté vient d'accorder à l'Italienne, ce que je regrette amèrement, ne va certes pas arranger les choses, vous pouvez me croire!"

Ainsi parla monsieur de Sully, le seul dans le royaume à pouvoir ainsi clouer le bec à Henry le quatrième. Il avait cette familiarité pour quatre raisons toutes individuellement suffisantes: il était son conseiller, le meilleur; il était son ami, le seul; il n'aimait pas les Concini; et surtout, il avait les cordons de la bourse. Aussi, Henry s'accoisa, ce que voyant, Louis prît en grippe le sieur de Béthune. Il ne pouvait apprécier, sans médire sur les qualités de l'intéressé, un homme qui dépréciait son père au point d'ainsi le moucher! Il aurait son conseiller. Certainement pas le même. A chacun son fardeau! 

"Enfin, monsieur le Duc, vous n'y penser pas: 33.000 hommes, ce n'est pas une armée de pacotille tout de même! Gueldre est remplit des bruits des armes qu'on fourbit, des paysans qui remplissent les greniers, les frontières s'agitent. Je vais bientôt prendre le commandement d'une des plus grandes armées que notre monde moderne ait connu. Toute l'Europe est derrière nous pour enfin se débarrasser de cette guigne de Habsbourg. Et vous me parlez de sacre! Allons un peu de sérieux, monsieur de Béthune!"

"Et l'idée saugrenue, pour ne pas dire sotte, qu'a eu Sa Majesté de vouloir sortir ce fieffé bâtard d'Angoulême de la Bastille pour prendre la tête de la cavalerie. Qu'en dites-vous mon cher Duc?" s'énerva monsieur de Sully.

"Et alors quoi, monsieur de Sully? Maintenant que la Savoie est notre alliée face à l'Espagnol, quoi de plus naturel que de sortir Charles de Valois de l'offensante prison, dans laquelle Sa Majesté l'a, à contre coeur, jeté afin qu'il rachète sa faute de meilleure manière. Si Biron était encore en vie, il faudrait faire de même avec lui!"

A l'évocation de son vieil ami qui perdit la tête et le trahit, Henry s'irrita.

"La Force, je dois vous forcer à taire ce comportement de forcené que vous forcez. Seriez vous donc un forçat de l'irrespect?"

Angoulevent applaudit et cabriola de plus belle devant ce bon mot de son maître. Ce fut le seul.

Hubert se contenta de sourire car, lui, n'avait pas encore de maître!

Louis maugréait. Il n'écoutait déjà plus.

Celui-là avait toujours été mauvais élève!

...

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