29 octobre 2008

De la royauté.

henri IV (hervé).jpg"Messieurs, la mission de mon cher Praslin s'étant révélée infructueuse, dès à présent il faut nous préparer à la guerre puisque il semble que ce soit la seule issue honorable! L'Espagnol paiera puisque Dieu en a voulu ainsi! Mais avant, il faut me soumettre à une cérémonie qui m'éxècre mais dont je suis redevable: j'ai promis un sacre à ma Florentine. Elle l'aura." 

Un mouvement de stupeur et de protestation naquit. Le roi le tua dans l'oeuf:

"Louis, madame votre mère veut être reine, elle le sera par ma volonté. Pendant que je serai à la guerre, elle gouvernera. Tâchez de vous montrer digne de moi en la secondant du mieux que vous pourrez! La grandeur de la France m'impose une absence peut-être longue, et je n'ai pas le choix: jarnicoton, mon bon Béthune, cette idée de voir la petite-fille de Philippe II sur le trône de France ne m'enchante pas plus qu'à vous, mais avais-je d'autre choix?"

"Oui, votre Majesté, celui de refuser. Un de vos fidèles aurait pu régenter et conseiller monsieur votre fils durant votre campagne. Les Conchine en aurait eu pour leur compte!"

"Lorsque vous parlez de fidèles, Sully, vous désignez quelqu'un en particulier?"

"Non. Non. Votre Majesté, personne! Mais votre épouse n'a de cesse, depuis sa venue, de pactiser avec l'Espagnol. Vous ne pouvez ignorer cet état de fait. La sacrer reine la crédibilise aux yeux de tous et particulièrement de vos ennemis! Pourquoi ne pas attendre votre retour?"

"J'ai dit! Monsieur mon conseiller. Courrez de ce pas et sans désemparer ouvrir vos coffres que nous nous débarrassions au plus vite de cette mascarade sans intérêt. J'ai une guerre à entreprendre. Et à gagner. Messieurs je compte sur vous!"

Henry imposa définitivement sa stature. Il était un grand roy. Henry-le-Grand, comme bien avant lui Alexandre, avait un Destin à accomplir. La France renaissait, il devait asseoir son autorité, assujettir les autres puissances européennes et surtout astreindre les Habsbourg à accepter Sa vision du monde.

Par ce "Messieurs, je compte sur vous!", Henry IV scellait le sort de nombreuses nations qui paieraient leur arrogance.

Misère et désolation, après avoir mis la France à genoux, s'apprêtaient à étouffer l'Europe des mains décharnées de la mort. Certes, il ne sera pas facile d'être le fils de ce roi qui circonvint la Paix à un rôle subalterne, comme il ne sera pas facile d'être le père de l'Astre qui éclairera, moins d'un siècle plus tard, le monde de son éclat somptueux. Louis relèvera ce défi.

Hubert, qui pour le moment écoutait secrètement des paroles qui dépassaient son entendement et ses connaissances politiques, sera de ceux qui s'y emploieront. 

"Nous n'avons plus rien à faire ici, messieurs! Je pense que Louis ne nous rejoindra pas aujourd'hui. Il faut nous préparer pour Saint-Denis!"

"Pourquoi Saint-Denis, monsieur de Guise-Lorraine?"

"Pour le sacre, Bagnols. Pour le sacre. J'avoue que je ne le raterai pour rien au monde. Et puis, Hubert ne connaît, de la cour, que la partie la moins visible, lui reste à découvrir ses intrigues, ses jalousies et les mystères de ses arcanes. Ce jour-là sera un théâtre dans lequel de nombreuses questions trouveront une réponse. Dès que nous aurons eu vent de la date, je passerai vous prendre chez vous et nous cheminerons ensemble si toutefois de voyager en luxueux équipage et en noble compagnie ne vous incommode point trop, Bagnols!"

Il rit de son trait. Monsieur Bruneau fit mine de ne pas l'avoir entendu et gronda Hubert qui venait d'achever les derniers lambeaux de son bel habit en se fendant d'une flèche en quarte. La pointe de Chatouille perça, au demeurant, une tapisserie qui pendait là.

"En attendant je vous guide, on fait parfois, au Louvre, d'étranges rencontres qui n'ont pas toutes, loin s'en faut, le minois de l'amour saint!"

"Saint-Amour! Elle s'appelle Saint-Amour!" cria Hubert en jetant une carcasse de poulet à la figure hilare de son compagnon de jeu.

Bagnols se contenta d'un haussement de sourcils. Qu'il n'était pas facile d'être un précepteur d'enfants en cette année 1610.

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Commentaires

Je ne me lasse pas...
Bien que ne se situant pas à la même période du XVIIe que ton histoire, je t'offre l'un des joyaux de ce siècle qu'est le magnifique Canon de Pachelbel. Il t'attend dans la grotte...

Ecrit par : Sulè | 29 octobre 2008

Merci Sulè, j'y repasserai très bientôt pour l'écouter. Dis à tous que je pense à eux mais que plusieurs projets importants m'accaparent.
Ici c'est de la détente. Je me repose à écrire ce que j'aime. Lorsque mes batteries sont à plat, je prends une heure et j'écris. Le résultat est quasiment là dans son intégralité, sans retouche, sans artifice. Je livre mon histoire comme elle me vient. Tu comprendras donc que si en plus quelques uns prennent du plaisir à la lire, le but est largement dépassé. J'en suis comblé.

A bientôt ici ou ailleurs.

Ecrit par : Le pigiste larron | 29 octobre 2008

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