30 octobre 2008
Le mausolée des rois.
D'Elbeuf était confortablement affalé dans un fauteuil. A ses côtés, Hubert et Bagnols jouaient les privilégiés en reprenant pour la troisième fois de ces mignardises farcies, déposés à l'instant par un serviteur guindé sur un guéridon en bois précieux du siècle dernier.
"Heureusement que nous sommes arrivés ce matin sinon nous aurions dû partager nos couches ou, pire, dormir à l'auberge! Quelle aubaine de m'être souvenu de ce cousin éloigné et propriétaire de cet havre charmant!"
C'était devenu un jeu entre eux mais Hubert n'en était pas dupe. Il ne pouvait douter que Louis n'y était pour quelque chose dans ce hasard qui leur avait rendu disponible cette demeure, certes sans apparât, mais à un lancer de pierre, à peine, de la Basilique, juste avant que ne débarquât la cour. Le ban et l'arrière ban des courtisans s'étaient, en effet, déplacés à l'occasion, peut-être la dernière, du couronnement d'une Royne de France.
Le faux-bourg de Saint-Denis déborda soudain de gentilshommes portant épée, chaussures à talon rouge et papotant avec grâce et en toutes les langues. Car il en était ainsi de la cour de France: on y croisait autant de nobles françois parlant l'oc ou le français, qu'une foultitude d'Italiens, de Florence ou d'ailleurs, qu'une nuée d'ecclésiastiques de confession différente mais latinisant tous, plus que de raison, que de nombreux ambassadeurs et plénipotentiaires de toute l'Europe, chacun avec leur langage parfois agrémenté d'expressions françaises ou de gestes sans équivoque.
La population dionysienne décupla en quelques heures. Les établissements hôteliers refusaient du monde. Les filles de joie aussi. L'argent qui circula ces deux-jours aurait permis de lever une armée de campagne. Les thuriféraires de la Florentine n'étaient sans doute pas légion mais pour le moins bataillon. Toute gloire avait un prix.
Hubert, D'Elbeuf et Bagnols firent exception, s'étant levés à l'aube. Ils ne furent aucunement ennuyés.
S'ils n'y logeaient céans et n'avaient trois cerbères de service à leur porte, la maison fut prise d'assaut par ces escadrilles de sans domicile sans-gêne qui polluaient la suite royale à chacun de ses déplacements. Ces gardes, dont le chef portait le nom frappant de Concasse, étaient le cadeau d'un ami: Louis ne les avait pas oubliés. D'ailleurs, le Dauphin le leur dit par ce présent et cette missive que, déjà, Hubert connaissait par coeur et que pourtant il relut, émerveillé.
"Messieurs mes amis, l'affaire qui accapare mon père et réjouit ma mère, m'oblige à vous délaisser, bien à contrecoeur. Si toutefois, la providence vous conduisait le 12 de ce mois à Saint-Denis, peut-être nous y croiserions-nous! Monsieur de Praslin m'a confié pour vous, trois de ses soldats jusqu'à la fin de cette affaire dont je parle. Ils vous remettront la présente. Louis."
Ce qu'ils prirent d'abord pour un fardeau, tant les dépenses en gîte et couvert qu'engendrait cette soldatesque étaient dispendieuses, se révéla très vite une bénédiction dans cet endroit qui n'était de tout repos que pour les souverains qui gisaient au côté du saint décapité. En effet, là où allait le cortège des grands du royaume, suivait cette autre cour qui n'avait de miraculeux que le nom.
Ainsi eut lieu, avant le sacre, une autre cérémonie religieuse d'importance: le baptême de Chatouille.
...
23:57 Publié dans CAPE, FRANCE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


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Commentaires
Ecouter Mozart en découvrant votre nouveau texte. Dire que ces terres me sont familières. Elles vont résonner maintenant de vos dialogues. Vous êtes immensément doué pour donner chair à l'histoire, une sorte de pilote d'une machine à remonter le temps. Merci.
Ecrit par : christiane | 01 novembre 2008
Bien que je ne mérite pas ces compliments, je les accepte venant d'une personne comme vous. Cette basilique, devenue cathédrale depuis les événements qui me passionnent, bat comme le coeur des milliers de dionysiens et dionysiennes qui la contemplent chaque jour.
A bientôt ici ou ailleurs.
Ecrit par : Le pigiste larron | 01 novembre 2008
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