30 octobre 2008
Le mausolée des rois.
D'Elbeuf était confortablement affalé dans un fauteuil. A ses côtés, Hubert et Bagnols jouaient les privilégiés en reprenant pour la troisième fois de ces mignardises farcies, déposés à l'instant par un serviteur guindé sur un guéridon en bois précieux du siècle dernier.
"Heureusement que nous sommes arrivés ce matin sinon nous aurions dû partager nos couches ou, pire, dormir à l'auberge! Quelle aubaine de m'être souvenu de ce cousin éloigné et propriétaire de cet havre charmant!"
C'était devenu un jeu entre eux mais Hubert n'en était pas dupe. Il ne pouvait douter que Louis n'y était pour quelque chose dans ce hasard qui leur avait rendu disponible cette demeure, certes sans apparât, mais à un lancer de pierre, à peine, de la Basilique, juste avant que ne débarquât la cour. Le ban et l'arrière ban des courtisans s'étaient, en effet, déplacés à l'occasion, peut-être la dernière, du couronnement d'une Royne de France.
Le faux-bourg de Saint-Denis déborda soudain de gentilshommes portant épée, chaussures à talon rouge et papotant avec grâce et en toutes les langues. Car il en était ainsi de la cour de France: on y croisait autant de nobles françois parlant l'oc ou le français, qu'une foultitude d'Italiens, de Florence ou d'ailleurs, qu'une nuée d'ecclésiastiques de confession différente mais latinisant tous, plus que de raison, que de nombreux ambassadeurs et plénipotentiaires de toute l'Europe, chacun avec leur langage parfois agrémenté d'expressions françaises ou de gestes sans équivoque.
La population dionysienne décupla en quelques heures. Les établissements hôteliers refusaient du monde. Les filles de joie aussi. L'argent qui circula ces deux-jours aurait permis de lever une armée de campagne. Les thuriféraires de la Florentine n'étaient sans doute pas légion mais pour le moins bataillon. Toute gloire avait un prix.
Hubert, D'Elbeuf et Bagnols firent exception, s'étant levés à l'aube. Ils ne furent aucunement ennuyés.
S'ils n'y logeaient céans et n'avaient trois cerbères de service à leur porte, la maison fut prise d'assaut par ces escadrilles de sans domicile sans-gêne qui polluaient la suite royale à chacun de ses déplacements. Ces gardes, dont le chef portait le nom frappant de Concasse, étaient le cadeau d'un ami: Louis ne les avait pas oubliés. D'ailleurs, le Dauphin le leur dit par ce présent et cette missive que, déjà, Hubert connaissait par coeur et que pourtant il relut, émerveillé.
"Messieurs mes amis, l'affaire qui accapare mon père et réjouit ma mère, m'oblige à vous délaisser, bien à contrecoeur. Si toutefois, la providence vous conduisait le 12 de ce mois à Saint-Denis, peut-être nous y croiserions-nous! Monsieur de Praslin m'a confié pour vous, trois de ses soldats jusqu'à la fin de cette affaire dont je parle. Ils vous remettront la présente. Louis."
Ce qu'ils prirent d'abord pour un fardeau, tant les dépenses en gîte et couvert qu'engendrait cette soldatesque étaient dispendieuses, se révéla très vite une bénédiction dans cet endroit qui n'était de tout repos que pour les souverains qui gisaient au côté du saint décapité. En effet, là où allait le cortège des grands du royaume, suivait cette autre cour qui n'avait de miraculeux que le nom.
Ainsi eut lieu, avant le sacre, une autre cérémonie religieuse d'importance: le baptême de Chatouille.
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29 octobre 2008
De la royauté.
"Messieurs, la mission de mon cher Praslin s'étant révélée infructueuse, dès à présent il faut nous préparer à la guerre puisque il semble que ce soit la seule issue honorable! L'Espagnol paiera puisque Dieu en a voulu ainsi! Mais avant, il faut me soumettre à une cérémonie qui m'éxècre mais dont je suis redevable: j'ai promis un sacre à ma Florentine. Elle l'aura."
Un mouvement de stupeur et de protestation naquit. Le roi le tua dans l'oeuf:
"Louis, madame votre mère veut être reine, elle le sera par ma volonté. Pendant que je serai à la guerre, elle gouvernera. Tâchez de vous montrer digne de moi en la secondant du mieux que vous pourrez! La grandeur de la France m'impose une absence peut-être longue, et je n'ai pas le choix: jarnicoton, mon bon Béthune, cette idée de voir la petite-fille de Philippe II sur le trône de France ne m'enchante pas plus qu'à vous, mais avais-je d'autre choix?"
"Oui, votre Majesté, celui de refuser. Un de vos fidèles aurait pu régenter et conseiller monsieur votre fils durant votre campagne. Les Conchine en aurait eu pour leur compte!"
"Lorsque vous parlez de fidèles, Sully, vous désignez quelqu'un en particulier?"
"Non. Non. Votre Majesté, personne! Mais votre épouse n'a de cesse, depuis sa venue, de pactiser avec l'Espagnol. Vous ne pouvez ignorer cet état de fait. La sacrer reine la crédibilise aux yeux de tous et particulièrement de vos ennemis! Pourquoi ne pas attendre votre retour?"
"J'ai dit! Monsieur mon conseiller. Courrez de ce pas et sans désemparer ouvrir vos coffres que nous nous débarrassions au plus vite de cette mascarade sans intérêt. J'ai une guerre à entreprendre. Et à gagner. Messieurs je compte sur vous!"
Henry imposa définitivement sa stature. Il était un grand roy. Henry-le-Grand, comme bien avant lui Alexandre, avait un Destin à accomplir. La France renaissait, il devait asseoir son autorité, assujettir les autres puissances européennes et surtout astreindre les Habsbourg à accepter Sa vision du monde.
Par ce "Messieurs, je compte sur vous!", Henry IV scellait le sort de nombreuses nations qui paieraient leur arrogance.
Misère et désolation, après avoir mis la France à genoux, s'apprêtaient à étouffer l'Europe des mains décharnées de la mort. Certes, il ne sera pas facile d'être le fils de ce roi qui circonvint la Paix à un rôle subalterne, comme il ne sera pas facile d'être le père de l'Astre qui éclairera, moins d'un siècle plus tard, le monde de son éclat somptueux. Louis relèvera ce défi.
Hubert, qui pour le moment écoutait secrètement des paroles qui dépassaient son entendement et ses connaissances politiques, sera de ceux qui s'y emploieront.
"Nous n'avons plus rien à faire ici, messieurs! Je pense que Louis ne nous rejoindra pas aujourd'hui. Il faut nous préparer pour Saint-Denis!"
"Pourquoi Saint-Denis, monsieur de Guise-Lorraine?"
"Pour le sacre, Bagnols. Pour le sacre. J'avoue que je ne le raterai pour rien au monde. Et puis, Hubert ne connaît, de la cour, que la partie la moins visible, lui reste à découvrir ses intrigues, ses jalousies et les mystères de ses arcanes. Ce jour-là sera un théâtre dans lequel de nombreuses questions trouveront une réponse. Dès que nous aurons eu vent de la date, je passerai vous prendre chez vous et nous cheminerons ensemble si toutefois de voyager en luxueux équipage et en noble compagnie ne vous incommode point trop, Bagnols!"
Il rit de son trait. Monsieur Bruneau fit mine de ne pas l'avoir entendu et gronda Hubert qui venait d'achever les derniers lambeaux de son bel habit en se fendant d'une flèche en quarte. La pointe de Chatouille perça, au demeurant, une tapisserie qui pendait là.
"En attendant je vous guide, on fait parfois, au Louvre, d'étranges rencontres qui n'ont pas toutes, loin s'en faut, le minois de l'amour saint!"
"Saint-Amour! Elle s'appelle Saint-Amour!" cria Hubert en jetant une carcasse de poulet à la figure hilare de son compagnon de jeu.
Bagnols se contenta d'un haussement de sourcils. Qu'il n'était pas facile d'être un précepteur d'enfants en cette année 1610.
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27 octobre 2008
De la blancheur du panache.
Hubert renfila ses chaussures. Il était en sueur. Ses vêtements, achetés pour l'occasion, à grand frais et au grand dam de Bagnols, le démangeaient. En se grattant, il constata les dégâts: la chemise portait des accrocs, les chausses étaient trouées, et la ceinture, qui n'était pas prévue pour porter d'autres lames que celles d'apparât, était irrémédiablement abîmée. Il ne voulut pas affronter de suite le courroux de son précepteur. Il reprit sa place dans la cheminée. Pour se donner une contenance, il défourailla Chatouille et fît quelques mouvements "hieronimiens".
"... La défection des Provinces-Unies est un embêtement, il faut bien l'avouer. Nous avons trop bien travaillé, ils croient en la trêve! Nous qui pensions qu'elle entraînerait la guerre! Nous tombons de haut. C'est ça de traiter avec des gueux! Enfin... Peut-être que l'Angleterre, qui les a aidées par le passé et qui, nous n'en doutons pas, fournira quelques troupes, les fera revenir sur le chemin de la justice: les Provinces-Unies doivent entrer en guerre et fondre sur les duchés bas-rhénans, c'est le moins qu'elles puissent faire! Elles nous sont redevables, jarnidieu!..."
Le caractère martial de La Force, qu'il avait mis à l'écart durant son exposé, ressurgît soudainement, sans crier gare! Ils furent tous ébahis. D'autant plus qu'il utilisa le juron que Henry se voyait interdire! Sa Majesté s'empressa de le calmer et le somma de cesser là son discours vilipendeur. Sa Majesté prit elle-même la suite de l'explication à son compte:
"Cette absence ne nous sera, finalement, point trop préjudiciable puisque Brandebourg a rallié, en décembre, l'Union Evangélique. Celle-ci, composée désormais des plus puissants princes protestants, dont le landgrave Maurice de Hesse, sera donc dans l'obligation d'entrer officiellement dans le conflit... Ils paieront tous pour leurs brocards! Elle aussi, la garce! Puisqu'elle ne veut pas la paix, elle aura la guerre! J'accomplirai mon Grand Dessein, c'est maintenant une certitude!"
La Force crût bon de reprendre la main.
"Oui, Sa Majesté souhaite une République Chrétienne. Nous la lui donnerons!"
"Merci La Force, mais vous allez quand même vite en besogne! N'oubliez pas qu'au sein même de la cour, des personnes importantes et proche de Sa Majesté, pactisent avec l'ennemi. Le sacre, que Sa Majesté vient d'accorder à l'Italienne, ce que je regrette amèrement, ne va certes pas arranger les choses, vous pouvez me croire!"
Ainsi parla monsieur de Sully, le seul dans le royaume à pouvoir ainsi clouer le bec à Henry le quatrième. Il avait cette familiarité pour quatre raisons toutes individuellement suffisantes: il était son conseiller, le meilleur; il était son ami, le seul; il n'aimait pas les Concini; et surtout, il avait les cordons de la bourse. Aussi, Henry s'accoisa, ce que voyant, Louis prît en grippe le sieur de Béthune. Il ne pouvait apprécier, sans médire sur les qualités de l'intéressé, un homme qui dépréciait son père au point d'ainsi le moucher! Il aurait son conseiller. Certainement pas le même. A chacun son fardeau!
"Enfin, monsieur le Duc, vous n'y penser pas: 33.000 hommes, ce n'est pas une armée de pacotille tout de même! Gueldre est remplit des bruits des armes qu'on fourbit, des paysans qui remplissent les greniers, les frontières s'agitent. Je vais bientôt prendre le commandement d'une des plus grandes armées que notre monde moderne ait connu. Toute l'Europe est derrière nous pour enfin se débarrasser de cette guigne de Habsbourg. Et vous me parlez de sacre! Allons un peu de sérieux, monsieur de Béthune!"
"Et l'idée saugrenue, pour ne pas dire sotte, qu'a eu Sa Majesté de vouloir sortir ce fieffé bâtard d'Angoulême de la Bastille pour prendre la tête de la cavalerie. Qu'en dites-vous mon cher Duc?" s'énerva monsieur de Sully.
"Et alors quoi, monsieur de Sully? Maintenant que la Savoie est notre alliée face à l'Espagnol, quoi de plus naturel que de sortir Charles de Valois de l'offensante prison, dans laquelle Sa Majesté l'a, à contre coeur, jeté afin qu'il rachète sa faute de meilleure manière. Si Biron était encore en vie, il faudrait faire de même avec lui!"
A l'évocation de son vieil ami qui perdit la tête et le trahit, Henry s'irrita.
"La Force, je dois vous forcer à taire ce comportement de forcené que vous forcez. Seriez vous donc un forçat de l'irrespect?"
Angoulevent applaudit et cabriola de plus belle devant ce bon mot de son maître. Ce fut le seul.
Hubert se contenta de sourire car, lui, n'avait pas encore de maître!
Louis maugréait. Il n'écoutait déjà plus.
Celui-là avait toujours été mauvais élève!
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01:34 Publié dans ANGLETERRE, BRANDEBOURG, CAPE, CLEVES, EPEE, ESPAGNE, FRANCE, GUELDRE, HESSE-CASSEL, JULIERS, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES, PROVINCES-UNIES, SAVOIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19 octobre 2008
Saint-Amour et la guerre.
Après avoir rencontré ces polissons lors de leurs recherches d'un endroit tranquille, mademoiselle de Saint-Amour et sa duègne avaient finalement décidé de remettre à plus tard leur "lecture" et de retourner là où elles avaient laissé monsieur le Marquis. Aucune d'entre elles ne connaissaient le Louvre et elles avaient tant cherché une pièce libre où s'installer, qu'elles ne mirent pas longtemps pour s'égarer. Inquiète, la gouvernante résolut de demander son chemin dans ce dédale de couloirs. Elle en eut rapidement la possibilité lorsqu'elle pénétrèrent dans une petite pièce dans laquelle se trouvaient quatre hommes, penchés sur une table et qui semblaient en pleine discussion.
"Pardonnez-moi, nobles seigneurs, nous nous sommes égarées et nous désirerions rejoindre monsieur le marquis de Saint-Amour qui nous attend aux Tuileries. Pourriez-vous nous indiquer le chemin le plus court pour atteindre notre but, je vous prie!"
Au lieu de lui répondre, le quatuor se mit à rire. Le plus vieux, entre deux hoquets, se confondit en excuses:
"Belle dame, ne voyez aucune offense dans mon comportement et celui de mes condisciples. Mais votre question arrive au
moment de notre discussion le plus opportun, bien que vous ne pouviez en avoir la connaissance. Je vais vous répondre: le plus court chemin pour atteindre les Tuileries est de prendre la galerie aux bords de l'eau qui commence juste après avoir franchi cette porte que vous voyez là... Il regarde en souriant ses compagnons ...Et, après DEUX CENT CINQUANTE toises, vous serez arrivées."
"Ne l'écoutez pas, il est fol! Mon cher Jacques, vous vous trompez! Elles n'auront à faire que DEUX CENT QUARANTE NEUF toises avant d'atteindre les Tuileries. Vous savez à quel point je suis méticuleux, aussi ai-je mesuré 1494 pieds et non 1500. Je suis formel."
Laissant ces messieurs les architectes à leur querelle "de pieds", elles prirent la porte indiquée. Elles descendirent la galerie dans toute sa longueur, et, elles, sans compter leurs pas. Elles croisèrent au passage quelques ouvriers, tailleurs de pierres, maçons et vitriers encore à l'ouvrage. Madame de Montsénile, qui était, dans le temps où elle faisait encore tourner les têtes, déjà venue se perdre au Louvre, trouvait cette grande galerie bien utile.
Mademoiselle de Saint-Amour suivait quelques mètres derrière mais la tête loin devant. Elle pensait à ce garçon qu'elles avaient vu ce tantôt et dont l'image, qu'elle ne parvenait pas à sortir de son cerveau, lui faisait perdre son souffle. Elle se sentait d'humeur légère et vagabonde. Sa gouvernante qui marchait d'un bon pas prit de l'avance. Anne stoppa. Elle reprenait son souffle lorsqu'elle entendit une voix familière venant de dehors. Elle grimpa sur un banc pour se mettre à hauteur. Plusieurs personnes discutaient dans une langue étrangère mais celle qui l'avait attirée n'était autre que la voix ferme et grave de son père. Par la fenêtre, elle l'aperçut. Il palabrait avec deux hommes et une femme, habillés, tous trois, et c'est cela qui surprit le plus la fillette, comme des soldats. Les femmes feraient-elles donc la guerre elles-aussi? Elle lâcha un strident: "Père!" qui eut l'étrange capacité de faire fuir le sournois trio telle une envolée de moineaux et de mettre, semble-t-il, son père en colère. Il avait le regard sombre des mauvais jour, les joues écarlates et la mine déconfite. Il pestait.
"Que faites-vous là, mademoiselle ma fille? Où se trouve votre duègne qui ne devait pas vous lâcher d'une semelle? Le Louvre n'est pas un endroit pour les jeunes-filles de bonne famille, je vous l'ai déjà dit! Allez rejoindre madame de Montsénile. Vite, avant que je ne me fâche!"
Déjà, les bras fripés de la gouvernante saisissaient la petite chipie. Pour la forme, devant son père, madame de Montsénile la gourmanda. Mais dès qu'elles eurent mis de la distance, elle l'a serra fort sur son coeur.
Cette embrassade fit regretter à la jeune fille de ne point avoir connu sa mère: comment, cette inconnue, aurait-elle réagi face à cet homme passablement irritable? L'aurait-elle aimé autant que cette vieille bigote?
Et puis, dans l'insouciance de l'enfance, elle reprit instantanément son sourire et posa la question primordiale qui lui brûlait les lèvres et qui révéla, s'il était nécessaire, la candeur des filles de son âge:
"Madame de Montsénile, vous ne m'avez jamais dit si vous aviez des enfants à vous?"
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21:54 Publié dans ANGLETERRE, CAPE, EPEE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17 octobre 2008
Briser l'étau.
"Si vous ne cessez point, autant sortir, il fait très beau et, vous Hubert, prendre l'air frais ferait le plus grand bien à votre visage qui est cramoisi de s'être enflammé."
"Ne nous importunez pas, Bagnols. Nous arrivons pour écouter la suite!"
Hubert faillit répondre mais, il aimait trop son précepteur pour ne pas réfléchir avant d'ouvrir la bouche. Il ne désirait pas regretter ses paroles. Il se contenta de revenir calmement à sa place, dans la cheminée. Il resta silencieux, ses oreilles en direction du discours de La Force qui reprenait un intérêt, ses yeux vers son précepteur qui ne paraissait pas vraiment fâché et l'esprit dans les couloirs du Louvre à la recherche de son Saint-Amour. D'Elbeuf reprenait ses périgrinations gustatives tandis que monsieur Bruneau se joignait à lui en tâtant un fromage miraculeusement épargné du carnage et en humectant ses lèvres d'un excellent vin de Loire. En bas, le monologue se faisait douloureux, l'orateur commençant à ressentir les effets de la digestion et des lourdeurs d'estomac.
"La Grande Alliance désirée par Sa Majesté prenait forme. Elle avait derrière sa bannière les deux préte
ndants réformés, depuis Dortmund. Elle avait obtenu un appui certain du Doge de la Sérénissime que Joyeuse venait de tirer d'un mauvais pas. Venise était donc prête à être l'épine dans le pied de la Papauté. Le sieur du Refuge, missionné par Sa Majesté auprès des cantons helvétiques, obtînt quelques promesses d'aide militaire de leur part. Cette aide se tournerait essentiellement vers le milanais dont le gouverneur espagnol, le Comte de Fuentes, a, semble-t-il des vues grandissantes sur les Trois Ligues, fières alliées des cantons. De même, pour des raisons que tout le monde s'accorde à dire politiques, et d'après les informations de l'Ambassadeur vénitien Antonio Foscarini, Christian IV, roi du Danemark serait prêt à rejoindre l'alliance protestante et à
fondre sur les territoires nords du Saint Empire qui lui sont frontaliers. Il est aussi le beau-frère de Brandebourg, ce qui serait la raison "non-politique" de son intervention. Récemment, il s'agit-là de la dernière bonne nouvelle en date, Bullion et Lesdiguières ont fait signé un traité à Charles-Emmanuel, Duc de Savoie. La chose ne fut pas aisée car depuis, le traité de Lyon, par lequel le Duc avait dû cesser toute vélléité de conquête vers l'ouest, la Savoie voyait la France d'un mauvais oeil..."
Un bruit venant de la porte l'interrompit. Louis poussa un soupir de soulagement: ce dernier passage avait été plus ardu et tout aussi difficile à digérer que cette poularde dont il rongeait encore l'os.
Comme s'il avait suivi le discours depuis le début, celui qui bondit à l'intérieur de la pièce énonça une phrase à l'emphase si prononcée qu'elle fît rire tout son public. Il intercalait entre chaque mot une acrobatie ridicule, qu'un enfant de dix ans, dont il avait la taille, aurait réussie de plus belle manière mais qui ajoutait à la bouffonnerie de la situation.
"Gentils messieurs, laissez-moi vous dire la vérité sur notre sire: triste il n'est point, puisqu'à l'heure du choix, au lieu de celui qui emprisonnait la cervelle de la naine noire, le sien se porta sur l'étau qui enserrait le Royaume!"
Tout était impertinence dans ce que venait de crier Nicolas Joubert. Tout était politique, d'une lucidité presque mystique et très fin dans ce que venait de déclamer cet Angoulevent. "Qu'il est drôle, cet oiseau là!" souffla Hubert à D'Elbeuf qui lui faisait face.
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16 octobre 2008
Le jeu de l'amour.
Hubert s'assoupissait. Le déjeuner avait été copieux et riche. Appuyé contre un des linteaux de la cheminée, les genoux remontés sur la poitrine et la tête dans ses mains, il s'endormait.
D'Elbeuf, beaucoup plus habitué à la bonne chair et à la vie à la cour, finissait les plats, lèchait les assiettes et grignotait les miettes de poulet qui traînaient sur la table.
Monsieur Bruneau avait repris sa mine d'huguenot tout en "délicate droiture", l'expression était de lui, il l'envoyait lorsqu'un mal attentionné le trouvant beaucoup trop strict à son goût, le lui faisait remarquer.
Il marmonnait, il bouillait littéralement et gesticulait nerveusement dans toute la pièce. D'Elbeuf transpirait à le voir faire son manège. Il lui en fit la remarque:
"Pourquoi faut-il que vous soyez si nerveux que vous me fatiguiez, Bagnols?"
"Pardon, monseigneur, je vous prie d'être magnanime pour un homme qui n'est plus à sa place. Je suis marri car me voici inutile!"
"Inutile? Vous vous moquez, Bagnols?"
"Non pas, monseigneur. Comprenez-moi, je ne suis pas un courtisan, je ne suis qu'un précepteur. Je n'aime rien tant que les études, le latin, la philosophie, la théologie et toutes ces choses rébarbatives que personne n'apprécie. Ici, à espionner le Conseil du Roi, je ne suis pas à ma place!"
"Ce n'est que ça? ... Et bien voyez votre élève qui s'assoupit, tant le temps en bas paraît suspendu. Secouez-le, faites lui la leçon!"
"Vous n'y penser pas. Je ne peux maintenant qu'il en est là."
"Comment cela? Que dites-vous?"
Monsieur Bruneau se mordit les lèvres pour ne pas répondre. Il n'était sans doute pas aussi solide qu'il ne le pensait. Madame de H. aura-t-elle, finalement, eu tort de lui faire confiance en lui livrant son secret? Ce monde n'est pas le sien. Il lui préfère, et de beaucoup, celui des rayonnages de bibliothèque.
Pendant ce temps, d'Elbeuf avait secoué Hubert qui, vexé d'avoir été vu en train de dormir, bondit sur ses pieds et courut après le responsable de son réveil. Ils riaient de bon coeur. Hubert était désormais parfaitement réveillé. Pourtant, il crut qu'il rêvait.
Devant lui se tenait la duègne qu'il avait croisé tantôt. Elle avait ouvert si brusquement la porte que d'Elbeuf chut en la percutant. La vieille dame, telle une surveillante d'établissement de demoiselles, croisa les bras d'indignation. D'Elbeuf se releva sans mal et se frottait le derrière douloureux en grimaçant. Il ne s'offusquait décidément de rien, se dit Hubert qui se retenait de rire. Ce fut à ce moment qu'il la revit. Elle n'était qu'une ombre dans les jupons de sa gouvernante, un ange qui illumina soudain l'espace de coeur d'Hubert. Elle irradiait.
"Que faites-vous là les enfants?"
D'Elbeuf ne se démonta pas:
"Et vous noble Dame qui êtes-vous et que faites vous ici? Je suis Monsieur de Guise-Lorraine et ceux-ci sont mes très bons amis! J'espère que vous avez une bonne raison de nous déranger!"
L'étiquette était telle à la cour que certains noms créaient d'étranges réactions. La duègne fit la révérence, imitée par la poupée brune sous ses jupes qui s'amusait plutôt de la situation. Hubert s'étonna et se promit d'essayer, un jour prochain, avec son propre nom, si toutefois il en avait un! En tout état de cause, il doutait d'obtenir pareil résultat.
"Je suis navrée, monsieur de vous troubler dans vos occupations. Nous ne faisions, mon élève et moi, que chercher un endroit où étudier en paix. Nous chercherons ailleurs. Je suis Madame de Montsénile et voici mon élève, mademoiselle Anne de Saint-Amour, fille du marquis de Saint-Amour."
Elles sortirent comme l'exigeait la presséance.
D'Elbeuf se rapprocha de Bagnols et lui donna, à plusieurs reprises, du coude dans les côtes tout en désignant Hubert du regard et de la main. Il dit de vive voix, ce qui fit rougir Hubert:
"A peine arrivé au Louvre que déjà, monsieur ne s'amuse plus de nos jeux. Il leur en préfère d'autres, certes, beaucoup plus piquants mais, ô combien plus dangereux!"
Hubert chercha du regard quelque chose à lancer sur son ami. Ne trouvant rien qui lui convenait, il retira une de ses chaussures et la lui lança en riant. Monsieur de Guise-Lorraine en fit de même. Et les deux se coururent après en hurlant, leur deuxième chaussure à la main.
Monsieur Bruneau pensa que si les amours d'Hubert étaient aussi francs et faciles que son amitié, il n'avait pas fini de se faire du souci!
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15 octobre 2008
Dessein et des seins.
"Depuis de nombreuses années, Sa Majesté s'était faite le premier défenseur des princes protestants allemands contre l'Empereur. Cette succession litigieuse des duchés bas-rhénans lui donnait l'opportunité inespérée d'aller beaucoup plus loin..."
Entendant ces mots, monsieur de Béthune s'arrêta de noter. Il leva les yeux en direction d'Henry qui s'acharnait gloutonnement sur un reste froid de pintade sans vraiment écouter La Force. Lui, et quelques autres dont le narrateur qui se garda bien d'en dire d'avantage, savait bien que la vraie raison, même si cette grande idée de la République Chrétienne, idée qui, au passage, se dit Sully, était de lui, était une réelle volonté de Sa Majesté, se trouvait dans l'amour. Henry était follement, le mot n'était pas trop fort, amoureux d'une jouvencelle d'à peine seize ans qu'il avait eu la naïveté de "confier" à son protégé, Condé, qu'il croyait suffisamment docile pour la lui restituer comme maîtresse. Or le candide et sa dulcinée, la belle Charlotte n'avaient rien trouver de mieux, en remerciement des bienfaits maladroitement distribués par Sa Majesté, que de trouver refuge en terroitoire honni, auprès de l'archiduc Albert. Craignant des représailles, le gouverneur des Pays-Bas espagnols faisait surveiller la fuyarde tandis que Condé, dans un geste de grande bravoure, la plantait là et partait à Milan. Comme les assiduités royales avaient une sainte horreur de ne pas être réciproques, les premières victimes du grand dessein d'Henry seraient bientôt, ces deux territoires sous domination des Habsbourg. "Un grand dessein pour des seins!" ironisa intérieurement Maximilien qui redevînt sérieux aussitôt: "ce qui importe est le résultat quelque soit le moyen de l'obtenir. Il part en guerre!"
"... Sa Majesté allait enfin pouvoir créer cette "République Chrétienne" en laquelle il tient. Elle va apporter à l'Europe entière
la paix durable qu'elle attend depuis des lustres. Dortmund fût la premère étape. Lui reste à rallier à sa bannière l'ensemble des opposants aux Habsbourg. Dans ce but, il envoya le Cardinal de Joyeuse comme médiateur près de Leonardo Donato, Doge de la Sérénissime qui se débattait dans une querelle théologique avec la Papauté. Paul V, en effet, en 1605, a frappé d'excommunication le Doge et d'interdit la République de Venise. La Sérénissime sortit vainqueure de ce bras-de-fer. Cette intervention française aliénait en partie Venise qui ne serait pas fâchée, non plus, d'infliger un nouveau camouflet à Paul V!..."
"Comment, diantre, une République Chrétienne pouvait-elle se faire sans la Papauté? J'avoue ne pas bien comprendre! Est-ce à dire que l'actuel Pape, Paul V, est un Habsbourg?"
Bizarrement, cette remarque, pourtant dénuée du moindre sens politique, dégela Henry qui éclata de son rire tonitruant et communicatif. Même Louis se joignit à la rigolade.
"Jarnicoton, Monsieur mon fils, vous avez la langue si bien pendue qu'elle en devient plaisante! Vous n'avez pas votre pareil pour jouer les trublions. Le pape? Un Habsbourg? Vraiment... Foutredieu, voilà qui me rebiscoule et qui m'ouvre l'estomac... Amenez moi quelques pâtés!..."
La Force crut bon de venir au sauvetage de Louis.
"Non, votre altesse, le pape n'est pas un Habsbourg mais un Borghèse italien. Seulement, l'Espagnol s'est proclamé depuis fort longtemps Défenseur de la Foi et est donc un allié "de fait" de la Papauté. De plus, Sa Majesté, par son intercession vénitienne a contribué à l'affaiblissement de l'autorité papale sur l'Europe, ce qui la conforte dans sa position de protecteur des princes protestants et la pose en tant qu'adversaire déclaré de l'Espagne."
Louis qui riait encore et s'essuyait les larmes d'un revers de manche, le remercia et imita son père en plongeant, avec délectation, une main gourmande dans une assiette pleine à craquer de mignardises.
Monsieur de Sully désespérait de voir ces deux-là prendre les affaires de l'Etat pour autre chose qu'un jeu même s'il pardonnait à l'un d'être un enfant et à l'autre d'être un ami.
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13 octobre 2008
Réforme et Contre-Réforme.
"Les catholiques ne restèrent effectivement pas les bras croisés devant l'insolence outrecuidante de ces Princes réformés. L'année dernière, en juillet, Léopold put, enfin, envoyer un corps expéditionnaire et chasser Brandebourg et Neubourg des duchés bas-rhénans qu'ils venaient de conquérir. Par la ruse, et, si vous me permettez d'intervenir, avec beaucoup de chance le Comte d'Althann, commandant des forces impériales, réussit à installer Léopold à Juliers et Clèves. Ce Michel Adolphe d'Altheim, maréchal de camp général de l'Empereur, était, à n'en pas douter, un bon soldat, mais il n'avait pas assez d'hommes pour maintenir sa position très longtemps, aussi Léopold multipliait-il les appels aux puissances catholiques. Il envoie ambassade sur ambassade pour tenter de les rallier à sa cause. De leur côté, Brandebourg et Neubourg mobilisent l'ensemble de leurs alliés protestants."
"Mon père, ne s'agirait-il pas d'une nouvelle Sainte Ligue en gestation? Je croyais que vous l'aviez occise! Cette gangrène n'en finira donc jamais?"
"Vous avez raison, mon fils! Mais aujourd'hui les choses ont changé et les forces en présence ne sont pas tout à fait identiques. Laissez La Force vous les présenter!"
Cette remarque n'avait que l'apparence de la satisfaction. Louis sentit une certaine irritation chez son père. Il se renfrogna et réfléchit à ce qu'il avait bien pu dire qui avait blessé son père.
"Léopold peut compter sur le soutien inconditionnel de l'Espagne, déjà sollicitée par Antoinette de Lorraine, et de la Papauté qui voit d'un mauvais oeil le développement de la Réforme dans le Saint Empire romain germanique dont les frontières sont si proches. Autour de ces deux grandes puissances se forme, comme le disait votre altesse, une nouvelle Sainte Ligue forte des principaux Princes catholiques regroupés autour de leur chef, Maximilien, Duc de Bavière, neveu d'Ernest, l'Electeur de Cologne. En face, Brandebourg et Neubourg prennent appui sur la déjà puissante Union Evangélique du calviniste Christian Ier, Prince d'Anhalt-Bernbourg, ami de longue date de la famille de Brandebourg."
Pour la première fois depuis le début du Conseil, Louis décrocha légèrement. Il se mit à penser à Elbeuf et Hubert: avec eux, au moins, il s'amuserait! Il se demanda où ils pouvaient bien être et ce qu'ils faisaient en ce moment sans se douter que les intéressés ne se trouvaient qu'à quelques mètres de lui, à l'étage au dessus. Eux, tâchaient de rester concentrés afin de ne pas perdre le fil du discours et jetaient de temps à autres des regards anxieux vers la porte par où ils s'attendaient à voir surgir, à tout moment, le messager de Louis.
"Leopold, qui souhaite mettre le plus de chances de son côté, envoie des plénipotentiaires aux Pays-Bas espagnols avec pour objectif de convaincre l'archiduc Albert de reconnaître son autorité sur les duchés bas-rhénans. Sans d'autres alliances, les Princes Réformés avaient conscience qu'ils seraient bientôt balayés. C'est pourquoi ils voulaient que Sa Majesté prenne officiellement leur parti. L'heure était venue, pour Sa Majesté de venger, enfin, l'offensant traité de Cateau-Cambrésis!"
Alors qu'il entendait les bruits d'une cavalcade, Hubert pensa que , dans un avenir proche, il faudrait qu'il demandât à son précepteur de lui parler de ce traité qui lui était inconnu. Après tout il avait à peine neuf ans et tellement de lacunes à combler!
...
10 octobre 2008
Admiration réciproque.
"Je dois vous dire, votre altesse, que le jeune Leopold, celui qu'a choisi l'Empereur, est dévoré d'ambition. Il ne voit dans le réglement de cette affaire qu'une étape vers la dignité impériale. Aussi désire-t-il la résoudre à sa manière, par la force, afin de ne laisser aucune chance aux deux prétendants protestants. Il regroupe, en ce moment-même, des troupes dans les deux évêchés dont il a la charge, à Passau et à Strasbourg."
"C'est donc le guerre qui commence!"
"Ca m'en a tout l'air, votre altesse. Et, je ne vous le cacherai pas plus longtemps, au grand bonheur de Sa Majesté, votre père, qui la désire tant pour qu'enfin les prétentions des Habsbourg cessent. Aussi, Sa Majesté a-t-elle envoyé un excellent négociateur près des Princes rebelles, Neubourg et Brandebourg, dans le but de coordonner leur action, seule espoir de victoire face à Leopold et à la puissance de l'Empire. Le Seigneur de Bauldry et de la Chesnaye a réglé cette affaire au delà des espérance de Sa Majesté. Dans une lettre datée du 31 mai de l'année dernière, il informe Henry de la signature, à Dortmund, en Allemagne, par les Princes protestants, d'une sorte de "pacte de non-agression"durant tout ce conflit. Il s'agissait de la première condition de réussite du plan élaboré par Sa Majesté, avec l'aide de monsieur de Sully."
Entendant son nom, pour une fois, dans le long discours de monsieur de La Force, monsieur de Béthune leva la tête de ses papiers et sourit. Henry échangea avec lui un regard complice et fit une moue de satisfaction. Ces deux-là étaient sûrs de leur fait et certains de la victoire. Louis en semblait heureux et souriait béatement à son père qui lui passa, affectueusement, une main dans les cheveux. Le visage de Louis s'éclaira de joie. Il n'aimait pas les charges de l'Etat mais il adorait son père. Cette raison était bien suffisante pour résister à un Conseil aussi complexe. Et puis la France se redressait, ce n'était pas si courant de la voir maître de l'Europe!
Monsieur de La Force reprit:
"Forts de cette alliance, Neubourg et Brandebourg envahirent les Duchés bas-rhénans. Ils occupèrent même Düsseldorf, capitale historique du duché de Juliers. Il faut dire que recruter des forces mlitaires dans un délai aussi court, est une chose malaisée, Leopold ne put donc réagir à temps. Ce fut alors chose facile pour les Ducs réformés de se faire prêter serment par les Etats."
"Si j'en crois ce qu'on raconte, dans le Saint-Empire romain germanique, le territoire prend "de fait" la religion de son dirigeant. Il est donc fort important pour les catholiques, représentés par Rodolphe et les Habsbourg, de ne pas laisser les Duchés bas-rhénans à la Réforme! N'est-ce pas?"
Ce fut Henry lui-même qui répondit:
"Excellent, monsieur mon fils! Jarnicoton, je défends désormais à quiconque, il jetta un regard insistant en direction de monsieur de Béthune, de raconter que Louis ne s'intéresse qu'à la chasse! C'est magnifique. Bravo! Bravissimo comme dirait ce fantoche de Conchine! Voici bien une remarque qui cloue le bec de bien des Conseillers, mon fils. Splendide!"
"Tout ceci est exact, mon Prince! Il s'agit d'une réalité depuis la paix d'Augsbourg accordée par Charles Quint en 1555. Elle peut se résumer, comme votre altesse l'a si bien dit, à : cuius regio, eius religio, soit, en français, "tel prince, telle religion"! Bien que je n'en doutais pas, je constate avec grande admiration, à quel point, votre altesse s'intéresse aux choses de la Politique. J'en suis gravement impressionné."
Louis n'était pas peu fier. Il cacha à tous, bien entendu, que c'était monsieur de Sully, pourtant son premier détracteur, qui l'avait informé de cette situation juste avant le Conseil. "Il est vraiment étrange ce Sully!" pensait-il en écoutant les louanges qui affluaient de tous.
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02 octobre 2008
Branle-Bas.
"Que faisons-nous, monsieur?" demanda Hubert à Elbeuf que la nouvelle n'affolait nullement.
"Nous demeurons en place, immuables! Je pressens qu'il se joue juste en dessous de nous un événement historique! A moins que vous en ayez assez entendu et que vous souhaitiez que nous quittions l'endroit?"
Hubert jeta un oeil par dessus son épaule. Son précepteur paraissait tranquille. Lui qui s'était outré devant l'outrecuidance des jeunes hommes à vouloir écouter le Conseil royal, il montrait désormais un flegme à toute épreuve. Le garçon en était heureux mais voulut le taquiner:
"Votre apathie ne m'étonne guère, monsieur de Bagnols, déjà que vous me cachiez votre identité alors maintenant que vous jouiez à l'espion ne m'impressionne pas!"
Hubert fut satisfait lorsqu'il constata le vermillon qui s'installa sur le front de monsieur Bruneau.
"Puisque nous sommes tous d'accord, nous restons!... Mais, j'y pense, et si Louis envoie quelqu'un à notre recherche?"
Guise-Lorraine prit la parole:
"Et bien quoi? Vous êtes avec moi. que croyez-vous qu'il se passera?"
Ils rirent de bon coeur comme deux amis qui font une bonne blague à un troisième. Le précepteur tenta bien un "il s'agit du Dauphin tout de même!" qui fut noyé aussitôt dans un éclat de rire d'Elbeuf provoqué par une irrévérencieuse révérence exécutée de manière la plus caricaturale qui soit par ce coquin-filou d'Hubert.
Vaincu, monsieur Bruneau se rallia à l'humeur de ses jeunes compagnons et rigola de concert.
En bas, l'absence de Louis ne fut pas longue.
"Vous pouvez reprendre La Force! Dites-moi donc dans quelles mesures cette affaire de Clèves et de Juliers intéresse-t-elle le Royaume? Car je présume que mon Père ne désire pas laisser les choses en l'état sans intervenir!"
"Oh! Que non pas, votre altesse! Sa majesté a décidé de saisir cette opportunité pour mettre fin, une fois pour toutes, à l'hégémonie des Habsbourg en Europe. Si le projet de Sa Majesté aboutit, il sera une opération militaire d'une ampleur sans précédente!"
Bagnols, Elbeuf et Hubert, comprirent, au ton de l'orateur, que monsieur de La Force ménageait son effet tout en se faisant valoir au passage puisque c'était lui le commandant en chef de cette "opération d'envergure".
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20:05 Publié dans CAPE, CLEVES, FRANCE, JULIERS, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

