07 novembre 2008
Poésie.
Charles remercia Hubert d'une accolade et Concasse d'une poignée de pièces d'or. Les deux la lui rendirent, Hubert de très bonne grâce et avec la candeur d'un enfant et Concasse en prétextant qu'il n'avait fait que son devoir et que sa solde lui convenait. Monsieur de Guise-Lorraine fut conquis par ce geste de grande noblesse mais tint à défrayer les deux autres qui, n'étant que simples soldats, l'acceptèrent.
"Pardonnez ma discourtoisie mes chers amis mais Louis m'attend. Désires-tu m'accompagner Hubert?"
"Non, Charles. Je dois étudier. De plus mon maître d'armes doit venir me visiter. J'ai hâte de lui raconter mon combat. Passe mes amitiés à Son Altesse et renouvelle lui mon indéfectible respect et mon entier dévouement!"
"Je n'y manquerai pas!"
D'Elbeuf s'éloigna.
Pourtant il revint à leur logis très tôt. Hubert et Bagnols en furent surpris, eux qui n'avaient pas eu le temps d'étudier beaucoup.
"Et bien, mes amis, je suis céans de retour. J'ai rencontré Louis. Il était fort préoccupé de sa toilette pour le sacre de demain. Je l'ai donc abandonné aux prises avec le seigneur de Rhodes, grand maître des cérémonies et le Grand Chambellan, mon cousin Henri, le duc D'Aiguillon. Je serais bien venu à son aide mais j'avais l'esprit, et le coeur, remplis d'un bonheur plus intense. Je venais d'avoir une vision de paradis. Hubert! Je viens de rencontrer mon Saint-Amour!..."
Avec un soupir, il s'affala sur un fauteuil sans même quitter son manteau.
Hubert passa le reste de la journée à le presser de questions sur la créature qui avait emprisonné son coeur si promptement. A la demande de l'énamouré, il lui récita même des vers de Malherbe qu'il trouvait appropriés à l'humeur cavalière de son ami.
"Ses filles sont encor en leurs tendres années:
Et déjà leurs appas ont un charme si fort,
Que les rois les plus grand du Ponant et du Nord,
Brûlent d'impatience après leurs hyménées."
Bagnols pestait contre cette Mademoiselle de Vendôme, demi-soeur de Louis qui détournait son élève du droit chemin des études.
Les amours du vert-galant lui auront décidément créé du soucis!
"Ah! Ces enfants, je vous jure!" pensa-t-il, mi-amusé, mi-irrité.
...
15:17 Publié dans CAPE, FRANCE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01 novembre 2008
La balade de Chatouille.
Hubert adorait lire.
Grâce aux bons soins de Bagnols, il savait le faire en plusieurs langues.
Il possédait une bibliothèque à faire pâlir plus d'un érudit. Elle se composait d'ouvrages en anglais, en espagnol, en allemand, en latin, en italien ou en français, monsieur Bruneau estimant, en effet, que la connaissance n'avait pas de frontière et que se limiter aux oeuvres traduites dans sa langue natale relevait d'une certaine étroitesse d'esprit coupable, selon lui, de l'obscurantisme général dont souffraient les cours royales européennes.
Ainsi Hubert étudiait-il les sciences avec Galilée, Bayer, Errard, Perret, Fabrice ou Aldrovandi et la littérature avec Bacon, Montaigne, Malherbe, Spencer, Shakespeare, Lope de Vega, Quevedo, Gongora, Ramusio ou Johnson.
Mais, Hubert était avant tout un romantique et un rêveur. Il se délectait en parcourant les romans picaresques d'un Cervantes ou d'un Alemàn et voyageait à l'autre bout du monde grâce, notamment, aux récits de Pretty, Raleigh, Florio, Du Petit Val, Hakluyt, ou Champlain. Ces livres, bien que qualifiés de prosaïques et sans intérêt par monsieur Bruneau, ne quittaient que très rarement son chevet.
Depuis son plus jeune âge, dont il n'était pas si éloigné si on en croyait son précepteur, il enviait ces explorateurs de Nouvelle-France, ces découvreurs de terres que lui ne conquérait que par l'imagination. Il venait de terminer le volume intitulé "Histoire de la Nouvelle-France" de Marc Lescarbot. Il l'avait dévoré.
Aussi ne fut-il pas surpris devant le gigantisme de l'ours qui défilait enchaîné à la suite de son maître. La bête faisait partie d'un spectacle exécuté avec maestria par une troupe de gens de la balle. Ils n'étaient certes pas de Nouvelle-France mais la vision du plantigrade suffit à Hubert pour lâcher les rènes de son esprit rétif. Il le laissa cavaler par monts et par vaux, par delà l'océan vers ce continent nouveau et pourtant maintes fois parcouru en songe. Un pressentiment l'extirpa de son voyage solitaire. On lui volait sa bourse.
Le galopin qui osa la lui couper n'avait pas son âge. Il cramponnait une dague plus grande que son bras et était encouragé par un adolescent à peine plus vieux. Lorsque Hubert se retourna, ils prirent tous deux peur et s'enfuirent. D'Elbeuf remarqua le manège et se rua à leur poursuite, si vite que Concasse n'esquissa pas un geste. Quant à Bagnols, il était si absorbé par les prouesses des gens du pavé, qu'il ne broncha nullement. Seul Hubert, après une vaine tentative de retenir monsieur de Guise-Lorraine, lui emboîta le pas.
Il le rattrapa en mauvaise posture.
Les deux gamins des rues avait une famille, une très grande famille. Le garçon se débattait ainsi avec cinq hommes dépenaillés, édentés et dépourvus de foi et de loi. Leur seule richesse ils la tendaient bélliqueusement vers le pauvre D'Elbeuf plus habitué à danser le menuet qu'à ferrailler. Chatouille intervînt avec bonheur en mettant hors d'état de nuire un adversaire. Les autres tinrent bon. La situation aurait même pu tourner en la défaveur des jouvenceaux si Concasse et ses compères n'avaient mis en fuite les vassaux du Roi des fous, pourtant déchu et sans terre.
Chatouille dégoulinait du sang de son baptême. Elle avait fait pire que de tuer ce jour-là, puisqu'elle avait donné à goûter, à Hubert, un nouveau plaisir: celui du duel.
Hubert le contentera à de nombreuses reprises. Ce sera son seul vice.
Avec la fidélité peut-être!
...
23:35 Publié dans CAPE, EPEE, FRANCE, NOUVELLE FRANCE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

