13 octobre 2008

Réforme et Contre-Réforme.

"Les catholiques ne restèrent effectivement pas les bras croisés devant l'insolence outrecuidante de ces Princes réformés. L'année dernière, en juillet, Léopold put, enfin, envoyer un corps expéditionnaire et chasser Brandebourg et Neubourg des duchés bas-rhénans qu'ils venaient de conquérir. Par la ruse, et, si vous me permettez d'intervenir, avec beaucoup de chance le Comte d'Althann, commandant des forces impériales, réussit à installer Léopold à Juliers et Clèves. Ce Michel Adolphe d'Altheim, maréchal de camp général de l'Empereur, était, à n'en pas douter, un bon soldat, mais il n'avait pas assez d'hommes pour maintenir sa position très longtemps, aussi Léopold multipliait-il les appels aux puissances catholiques. Il envoie ambassade sur ambassade pour tenter de les rallier à sa cause. De leur côté, Brandebourg et Neubourg mobilisent l'ensemble de leurs alliés protestants."

"Mon père, ne s'agirait-il pas d'une nouvelle Sainte Ligue en gestation? Je croyais que vous l'aviez occise! Cette gangrène n'en finira donc jamais?"

"Vous avez raison, mon fils! Mais aujourd'hui les choses ont changé et les forces en présence ne sont pas tout à fait identiques. Laissez La Force vous les présenter!"

Cette remarque n'avait que l'apparence de la satisfaction. Louis sentit une certaine irritation chez son père. Il se renfrogna et réfléchit à ce qu'il avait bien pu dire qui avait blessé son père.Christian_I_Anhalt_Bernburg.jpg

maximilien de bavière.jpg"Léopold peut compter sur le soutien inconditionnel de l'Espagne, déjà sollicitée par Antoinette de Lorraine, et de la Papauté qui voit d'un mauvais oeil le développement de la Réforme dans le Saint Empire romain germanique dont les frontières sont si proches. Autour de ces deux grandes puissances se forme, comme le disait votre altesse, une nouvelle Sainte Ligue forte des principaux Princes catholiques regroupés autour de leur chef, Maximilien, Duc de Bavière, neveu d'Ernest, l'Electeur de Cologne. En face, Brandebourg et Neubourg prennent appui sur la déjà puissante Union Evangélique du calviniste Christian Ier, Prince d'Anhalt-Bernbourg, ami de longue date de la famille de Brandebourg."

Pour la première fois depuis le début du Conseil, Louis décrocha légèrement. Il se mit à penser à Elbeuf et Hubert: avec eux, au moins, il s'amuserait! Il se demanda où ils pouvaient bien être et ce qu'ils faisaient en ce moment sans se douter que les intéressés ne se trouvaient qu'à quelques mètres de lui, à l'étage au dessus. Eux, tâchaient de rester concentrés afin de ne pas perdre le fil du discours et jetaient de temps à autres des regards anxieux vers la porte par où ils s'attendaient à voir surgir, à tout moment, le messager de Louis.

"Leopold, qui souhaite mettre le plus de chances de son côté, envoie des plénipotentiaires aux Pays-Bas espagnols avec pour objectif de convaincre l'archiduc Albert de reconnaître son autorité sur les duchés bas-rhénans. Sans d'autres alliances, les Princes Réformés avaient conscience qu'ils seraient bientôt balayés. C'est pourquoi ils voulaient que Sa Majesté prenne officiellement leur parti. L'heure était venue, pour Sa Majesté de venger, enfin, l'offensant traité de Cateau-Cambrésis!"

Alors qu'il entendait les bruits d'une cavalcade, Hubert pensa que , dans un avenir proche, il faudrait qu'il demandât à son précepteur de lui parler de ce traité qui lui était inconnu. Après tout il avait à peine neuf ans et tellement de lacunes à combler!

...

01 octobre 2008

Père et fils.

"Les duchés bas-rhénans sont donc placés sous l'autorité d'un commissaire impérial. Rodolphe choisit pour jouer ce rôle, son cousin germain préféré, le fils de Charles de Styrie, le frère de Charles d'Autriche, l'un des prétendants, l'archiduc Léopold Guillaume d'Autriche, évêque de Passau et de Strasbourg. Dans le même temps, la veuve de Johann Wilhelm, la duchesse Antoinette de Lorraine souhaite ardemment, en mémoire de son défunt époux, écarter tout prince protestant de la succession. Ainsi travaille-t-elle pour que l'Espagnol et l'archevêque-électeur de Cologne, Ernest de Bavière, s'impliquent dans la défense des intérêts catholiques. Vous constatez, votre altesse, à quel point une simple querelle de famille peut avoir de graves conséquences et ce dans l'Europe entière."

"Oui, effectivement, La Force, mais je ne vois pas très bien encore le rôle de la France dans le conflit qui se dessine, même si je suis certain de l'intérêt de mon père pour une affaire dans laquelle sont engagés de nombreux Habsbourg! Vous ne pourrez pas vous défilez, mon bon La Force: il va falloir que vous m'en disiez d'avantage! Mais avant toute chose..."

Louis se tourna alors vers Henry. Celui-ci montrait une mine réjouie quoique légèrement rubiconde, le vin servi durant le repas ayant été particulièrement goulayant.ingres-henriIV.jpg

"... Mon père, je vous prie de bien vouloir m'autoriser à m'absenter quelques temps avant de reprendre afin que je prenne mes dispositions pour faire prévenir Elbeuf et... Hubert, mes amis qui doivent m'attendre dans le jardin. Nous devions passer la journée ensemble et je leur avais dit que ça ne durerait pas. Puis-je, sire?"

"Hubert?... Qui est celui-là mon fils? Il me semble ne point le connaître!"

"Vous m'en voyez fort étonné, sire, puisqu'il s'est présenté à moi suite à votre recommandation et que vous lui aviez envoyé votre capitaine des gardes comme escorte!"

Un nuage d'inquiétude assombrit le visage de Louis. Il ne dura, heureusement, pas.

"Ah oui! Il s'agit de ce garçon vif et intelligent que je rencontrais tantôt. Il est né dans une région chère à mon coeur et sous la protection d'une bonne amie à moi. Son précepteur est un garçon d'une grande qualité et à l'érudition parfaite, Bruneau de Bagnols. Vous faites bien de le prendre comme ami. Il doit avoir votre âge. Il ne lui manque que le nom. Ca serait bien le diable, jarnicoton, si vous ne vous entendiez point comme larrons en foire. Faites mon fils. Faites les prévenir. La Force peut bien attendre quelques instants avant de nous instruire."

"Merci votre Majesté."

Louis retrouva son calme. Il aurait été fâché de devoir se séparer de ce nouveau compagnon qui lui avait plu dès les premiers abords. Il fila donner ses instructions à un valet de pied.

Monsieur de Sully profita de ce nouvel interlude pour murmurer à Henry:

"Puis-je vous entretenir en particulier d'une affaire de la plus haute importance?"

Henry fut agacé par ce malotru qui venait lui briser un moment de plénitude royale. Mais comme il s'agissait de son plus proche conseiller, il se contenta de bougonner et l'écouta distraitement.

...