25 septembre 2008

Alliances.

gabrielle.jpgToujours cachés, les trois indiscrets, écoutèrent La Force reprendre son dicours après cette longue interruption.

"Pourquoi sont-ils les favoris pour la succession de Clèves et de Juliers?  Tout d'abord parce que même si sa belle-mère est morte, Jean Sigismond est le gendre de la soeur aînée héritière du Duché de Clèves depuis la renonciation des trois autres par contrat de mariage. Pour Neubourg, son épouse, devenue l'aînée depuis la mort de Marie Eleonore, elle réclame ce qu'elle croit être son dû, étant la parente en vie la plus proche du défunt. Ce serait compter sans ce contrat de mariage dans lequel il est stipulé qu'elle renonce à la succession pour sa soeur aînée ou pour l'aîné de ses enfants..."

"Où est le problème alors?" se risqua Louis.

"L'appât du pouvoir! L'héritage est par trop conséquent pour que Neubourg mette fin à ces prétentions comme ça. Surtout qu'il a des alliés de poids depuis le temps qu'il prépare cette éventualité. Il s'appuie sur Jean Frédéric, Prince de Montbéliard, Duc de Würtemberg pourtant marié à Barbara de Brandebourg, une des soeurs cadettes de Jean Sigismond et sur Georges Frédéric, margrave de Bade-Durlach. Quant à Brandebourg dont l'épouse, je vous le rappelle, est l'héritière légale des duchés bas-rhénans, il s'est ménagé, pour défendre ses intérêts, une alliance avec les Provinces-Unies du stathouder Maurice de Nassau, dont nos gens ont contribué, récemment, à donner une trêve dans sa lutte contre l'Espagnol et avec le Palatinat du prince-électeur Frédéric et de son tuteur, Jean II des Deux-Ponts, lui même neveu de Neubourg et marié à Catherine de Rohan soeur du duc régnant."

"Voici maintenant que cela se transforme en querelle familiale!"

Cette remarque n'étant pas des plus pertinentes dans une guerre de succession où tout n'est que conflit filial, personne ne la releva.

D'ailleurs, Hubert avait légèrement décroché du fil de la discussion. Il en profita pour s'éloigner un peu à la recherche d'un endroit où uriner. Il sortit. Ce fut durant cette courte errance qu'il la rencontra pour la première fois. Elle devait avoir son âge, ou un peu plus, et était accompagnée d'une duègne.

Elle était brune.

Elle était belle.

Il n'osa l'approcher tant son coeur battait la chamade. Elle ne fit que traverser son horizon mais avait rempli son coeur. Désormais, elle serait sa seule idole, son unique muse, à jamais.

Tout comme Henry, il avait trouvé sa Gabrielle.

Tout comme Henry, il en était éperdument amoureux.

Tout comme Henry, il rêvait de mariage.

C'était la seule alliance à laquelle il prétendait. Elle changerait sa vie.

... 

22 septembre 2008

Conflit d'héritage.

"Sire, afin que vous compreniez bien la situation je vais faire un court retour dans l'histoire. 1356 est l'année de la fondation du Duché de Juliers. A la suite d'une alliance, en 1423, lui est rattaché le Duché de Berg. Nous arrivons ensuite en 1511, date à laquelle Jean III, duc de Clèves et Comte de Ravensberg et de Mark en prend possession. La succession se passe sans problème jusque très récemment. En effet, en 1592, son fils, le duc régnant Wilhelm de Clèves meurt. Son dernier fils, Johann Wilhelm, Jean Guillaume en français, lui succède. Il est mort l'année dernière sans enfant. Il ne reste que ses quatre soeurs. L'héritière officielle, l'aînée des quatre filles , est décédée. Alors, la situation économique et géographique des duchés bas-rhénans étant florissante, les candidats à la succession se bousculent."

La Force fit une pause pour voir si l'auditoire suivait bien le fil de son exposé. Louis semblait bien plus attentionné qu'à l'habitude. Il fit une remarque au narrateur qui fit pouffer son père:

"Poursuivez donc, La Force, ne me faites pas tant languir."

"Que votre majesté me pardonne! ... Laissez-moi vous présenter ceux qui briguent l'autorité à Juliers et Clèves. En premier lieu citons, l'Electeur de Saxe, Christian II et les descendants du duc Ernest qui remontent à l'expectative de 1483 leur accordant le duché de Juliers. Ensuite viennent les quatre soeurs de Johann Wilhelm par l'intermédiaire de leur famille respective. Tout d'abord, le Duc Jean Casimir, comte palatin des Deux-Ponts - Zweibrücken en allemand - et de Kleeburg qui revendique les duchés en tant que fils de Magdelaine, troisième soeur du défunt et de feu Jean de Wittelsbach. Arrive ensuite, Charles d'Autriche, marquis de Burgow, cousin germain de l'Empereur Rodolphe, évêque séculier de Breslau, Prince-évêque de Brixen et surtout époux de Sibyle, quatrième soeur du défunt. Ceux-ci sont les moins probables. Passons, si vous le voulez-bien, aux deux principaux..."

A la grande satisfaction d'Henry, Louis interrompit le discours pour se faire préciser les choses.

"Les autres je ne sais pas mais ce dernier, Charles d'Autriche, je suis certain qu'il s'agit d'un Habsbourg non? Mon père, ne serait-ce pas cette famille qui dirige la moitié de l'Europe dont l'Espagne, fervente catholique et ennemi de la France?" 

Afin de ne pas montrer sa joie, Henry le grand laissa La Force répondre.

"La clairvoyance de votre majesté n'a d'égale que sa connaissance de la politique étrangère: Charles de Habsbourg, est archiduc d'Autriche et bien membre de cette famille onnie par sa majesté votre père, issu de la grande famille des Bourbon et ennemi traditionnel des Habsbourg... Mais parlons des deux candidats à la succession les plus importants, j'ai nommé Johann Sigismund de Hohenzollern et Phillip Ludwig, frère aîné de Jean des Deux Ponts et, par conséquent, l'oncle de Jean Casimir..."

Louis, désireux de briller devant son père chéri, intervînt une nouvelle fois, fort à propos.Johann_Sigismund.jpg

"Le premier, ce Hohenzollern, ne serait-il pas de la Réforme?"

"Si en effet!" lui répondit monsieur de Béthune qui prenait des notes.

...