29 octobre 2008

De la royauté.

henri IV (hervé).jpg"Messieurs, la mission de mon cher Praslin s'étant révélée infructueuse, dès à présent il faut nous préparer à la guerre puisque il semble que ce soit la seule issue honorable! L'Espagnol paiera puisque Dieu en a voulu ainsi! Mais avant, il faut me soumettre à une cérémonie qui m'éxècre mais dont je suis redevable: j'ai promis un sacre à ma Florentine. Elle l'aura." 

Un mouvement de stupeur et de protestation naquit. Le roi le tua dans l'oeuf:

"Louis, madame votre mère veut être reine, elle le sera par ma volonté. Pendant que je serai à la guerre, elle gouvernera. Tâchez de vous montrer digne de moi en la secondant du mieux que vous pourrez! La grandeur de la France m'impose une absence peut-être longue, et je n'ai pas le choix: jarnicoton, mon bon Béthune, cette idée de voir la petite-fille de Philippe II sur le trône de France ne m'enchante pas plus qu'à vous, mais avais-je d'autre choix?"

"Oui, votre Majesté, celui de refuser. Un de vos fidèles aurait pu régenter et conseiller monsieur votre fils durant votre campagne. Les Conchine en aurait eu pour leur compte!"

"Lorsque vous parlez de fidèles, Sully, vous désignez quelqu'un en particulier?"

"Non. Non. Votre Majesté, personne! Mais votre épouse n'a de cesse, depuis sa venue, de pactiser avec l'Espagnol. Vous ne pouvez ignorer cet état de fait. La sacrer reine la crédibilise aux yeux de tous et particulièrement de vos ennemis! Pourquoi ne pas attendre votre retour?"

"J'ai dit! Monsieur mon conseiller. Courrez de ce pas et sans désemparer ouvrir vos coffres que nous nous débarrassions au plus vite de cette mascarade sans intérêt. J'ai une guerre à entreprendre. Et à gagner. Messieurs je compte sur vous!"

Henry imposa définitivement sa stature. Il était un grand roy. Henry-le-Grand, comme bien avant lui Alexandre, avait un Destin à accomplir. La France renaissait, il devait asseoir son autorité, assujettir les autres puissances européennes et surtout astreindre les Habsbourg à accepter Sa vision du monde.

Par ce "Messieurs, je compte sur vous!", Henry IV scellait le sort de nombreuses nations qui paieraient leur arrogance.

Misère et désolation, après avoir mis la France à genoux, s'apprêtaient à étouffer l'Europe des mains décharnées de la mort. Certes, il ne sera pas facile d'être le fils de ce roi qui circonvint la Paix à un rôle subalterne, comme il ne sera pas facile d'être le père de l'Astre qui éclairera, moins d'un siècle plus tard, le monde de son éclat somptueux. Louis relèvera ce défi.

Hubert, qui pour le moment écoutait secrètement des paroles qui dépassaient son entendement et ses connaissances politiques, sera de ceux qui s'y emploieront. 

"Nous n'avons plus rien à faire ici, messieurs! Je pense que Louis ne nous rejoindra pas aujourd'hui. Il faut nous préparer pour Saint-Denis!"

"Pourquoi Saint-Denis, monsieur de Guise-Lorraine?"

"Pour le sacre, Bagnols. Pour le sacre. J'avoue que je ne le raterai pour rien au monde. Et puis, Hubert ne connaît, de la cour, que la partie la moins visible, lui reste à découvrir ses intrigues, ses jalousies et les mystères de ses arcanes. Ce jour-là sera un théâtre dans lequel de nombreuses questions trouveront une réponse. Dès que nous aurons eu vent de la date, je passerai vous prendre chez vous et nous cheminerons ensemble si toutefois de voyager en luxueux équipage et en noble compagnie ne vous incommode point trop, Bagnols!"

Il rit de son trait. Monsieur Bruneau fit mine de ne pas l'avoir entendu et gronda Hubert qui venait d'achever les derniers lambeaux de son bel habit en se fendant d'une flèche en quarte. La pointe de Chatouille perça, au demeurant, une tapisserie qui pendait là.

"En attendant je vous guide, on fait parfois, au Louvre, d'étranges rencontres qui n'ont pas toutes, loin s'en faut, le minois de l'amour saint!"

"Saint-Amour! Elle s'appelle Saint-Amour!" cria Hubert en jetant une carcasse de poulet à la figure hilare de son compagnon de jeu.

Bagnols se contenta d'un haussement de sourcils. Qu'il n'était pas facile d'être un précepteur d'enfants en cette année 1610.

...       

27 octobre 2008

De la blancheur du panache.

Hubert renfila ses chaussures. Il était en sueur. Ses vêtements, achetés pour l'occasion, à grand frais et au grand dam de Bagnols, le démangeaient. En se grattant, il constata les dégâts: la chemise portait des accrocs, les chausses étaient trouées, et la ceinture, qui n'était pas prévue pour porter d'autres lames que celles d'apparât, était irrémédiablement abîmée. Il ne voulut pas affronter de suite le courroux de son précepteur. Il reprit sa place dans la cheminée. Pour se donner une contenance, il défourailla Chatouille et fît quelques mouvements "hieronimiens".

"... La défection des Provinces-Unies est un embêtement, il faut bien l'avouer. Nous avons trop bien travaillé, ils croient en la trêve! Nous qui pensions qu'elle entraînerait la guerre! Nous tombons de haut. C'est ça de traiter avec des gueux! Enfin... Peut-être que l'Angleterre, qui les a aidées par le passé et qui, nous n'en doutons pas, fournira quelques troupes, les fera revenir sur le chemin de la justice: les Provinces-Unies doivent entrer en guerre et fondre sur les duchés bas-rhénans, c'est le moins qu'elles puissent faire! Elles nous sont redevables, jarnidieu!..."

Le caractère martial de La Force, qu'il avait mis à l'écart durant son exposé, ressurgît soudainement, sans crier gare! Ils furent tous ébahis. D'autant plus qu'il utilisa le juron que Henry se voyait interdire! Sa Majesté s'empressa de le calmer et le somma de cesser là son discours vilipendeur. Sa Majesté prit elle-même la suite de l'explication à son compte:

"Cette absence ne nous sera, finalement, point trop préjudiciable puisque Brandebourg a rallié, en décembre, l'Union Evangélique. Celle-ci, composée désormais des plus puissants princes protestants, dont le landgrave Maurice de Hesse, sera donc dans l'obligation d'entrer officiellement dans le conflit... Ils paieront tous pour leurs brocards! Elle aussi, la garce! Puisqu'elle ne veut pas la paix, elle aura la guerre! J'accomplirai mon Grand Dessein, c'est maintenant une certitude!"

La Force crût bon de reprendre la main.

"Oui, Sa Majesté souhaite une République Chrétienne. Nous la lui donnerons!"

"Merci La Force, mais vous allez quand même vite en besogne! N'oubliez pas qu'au sein même de la cour, des personnes importantes et proche de Sa Majesté, pactisent avec l'ennemi. Le sacre, que Sa Majesté vient d'accorder à l'Italienne, ce que je regrette amèrement, ne va certes pas arranger les choses, vous pouvez me croire!"

Ainsi parla monsieur de Sully, le seul dans le royaume à pouvoir ainsi clouer le bec à Henry le quatrième. Il avait cette familiarité pour quatre raisons toutes individuellement suffisantes: il était son conseiller, le meilleur; il était son ami, le seul; il n'aimait pas les Concini; et surtout, il avait les cordons de la bourse. Aussi, Henry s'accoisa, ce que voyant, Louis prît en grippe le sieur de Béthune. Il ne pouvait apprécier, sans médire sur les qualités de l'intéressé, un homme qui dépréciait son père au point d'ainsi le moucher! Il aurait son conseiller. Certainement pas le même. A chacun son fardeau! 

"Enfin, monsieur le Duc, vous n'y penser pas: 33.000 hommes, ce n'est pas une armée de pacotille tout de même! Gueldre est remplit des bruits des armes qu'on fourbit, des paysans qui remplissent les greniers, les frontières s'agitent. Je vais bientôt prendre le commandement d'une des plus grandes armées que notre monde moderne ait connu. Toute l'Europe est derrière nous pour enfin se débarrasser de cette guigne de Habsbourg. Et vous me parlez de sacre! Allons un peu de sérieux, monsieur de Béthune!"

"Et l'idée saugrenue, pour ne pas dire sotte, qu'a eu Sa Majesté de vouloir sortir ce fieffé bâtard d'Angoulême de la Bastille pour prendre la tête de la cavalerie. Qu'en dites-vous mon cher Duc?" s'énerva monsieur de Sully.

"Et alors quoi, monsieur de Sully? Maintenant que la Savoie est notre alliée face à l'Espagnol, quoi de plus naturel que de sortir Charles de Valois de l'offensante prison, dans laquelle Sa Majesté l'a, à contre coeur, jeté afin qu'il rachète sa faute de meilleure manière. Si Biron était encore en vie, il faudrait faire de même avec lui!"

A l'évocation de son vieil ami qui perdit la tête et le trahit, Henry s'irrita.

"La Force, je dois vous forcer à taire ce comportement de forcené que vous forcez. Seriez vous donc un forçat de l'irrespect?"

Angoulevent applaudit et cabriola de plus belle devant ce bon mot de son maître. Ce fut le seul.

Hubert se contenta de sourire car, lui, n'avait pas encore de maître!

Louis maugréait. Il n'écoutait déjà plus.

Celui-là avait toujours été mauvais élève!

...

17 octobre 2008

Briser l'étau.

"Si vous ne cessez point, autant sortir, il fait très beau et, vous Hubert, prendre l'air frais ferait le plus grand bien à votre visage qui est cramoisi de s'être enflammé."

"Ne nous importunez pas, Bagnols. Nous arrivons pour écouter la suite!"

Hubert faillit répondre mais, il aimait trop son précepteur pour ne pas réfléchir avant d'ouvrir la bouche. Il ne désirait pas regretter ses paroles. Il se contenta de revenir calmement à sa place, dans la cheminée. Il resta silencieux, ses oreilles en direction du discours de La Force qui reprenait un intérêt, ses yeux vers son précepteur qui ne paraissait pas vraiment fâché et l'esprit dans les couloirs du Louvre à la recherche de son Saint-Amour. D'Elbeuf reprenait ses périgrinations gustatives tandis que monsieur Bruneau se joignait à lui en tâtant un fromage miraculeusement épargné du carnage et en humectant ses lèvres d'un excellent vin de Loire. En bas, le monologue se faisait douloureux, l'orateur commençant à ressentir les effets de la digestion et des lourdeurs d'estomac.

christian IV.jpg"La Grande Alliance désirée par Sa Majesté prenait forme. Elle avait derrière sa bannière les deux prételesdiguières.jpgndants réformés, depuis Dortmund. Elle avait obtenu un appui certain du Doge de la Sérénissime que Joyeuse venait de tirer d'un mauvais pas. Venise était donc prête à être l'épine dans le pied de la Papauté. Le sieur du Refuge, missionné par Sa Majesté auprès des cantons helvétiques, obtînt quelques promesses d'aide militaire de leur part. Cette aide se tournerait essentiellement vers le milanais dont le gouverneur espagnol, le Comte de Fuentes, a, semble-t-il des vues grandissantes sur les Trois Ligues, fières alliées des cantons. De même, pour des raisons que tout le monde s'accorde à dire politiques, et d'après les informations de l'Ambassadeur vénitien Antonio Foscarini, Christian IV, roi du Danemark serait prêt à rejoindre l'alliance protestante et à savoie.jpgfondre sur les territoires nords du Saint Empire qui lui sont frontaliers. Il est aussi le beau-frère de Brandebourg, ce qui serait la raison "non-politique" de son intervention. Récemment, il s'agit-là de la dernière bonne nouvelle en date, Bullion et Lesdiguières ont fait signé un traité à Charles-Emmanuel, Duc de Savoie. La chose ne fut pas aisée car depuis, le traité de Lyon, par lequel le Duc avait dû cesser toute vélléité de conquête vers l'ouest, la Savoie voyait la France d'un mauvais oeil..."

Un bruit venant de la porte l'interrompit. Louis poussa un soupir de soulagement: ce dernier passage avait été plus ardu et tout aussi difficile à digérer que cette poularde dont il rongeait encore l'os.

Comme s'il avait suivi le discours depuis le début, celui qui bondit à l'intérieur de la pièce énonça une phrase à l'emphase si prononcée qu'elle fît rire tout son public. Il intercalait entre chaque mot une acrobatie ridicule, qu'un enfant de dix ans, dont il avait la taille, aurait réussie de plus belle manière mais qui ajoutait à la bouffonnerie de la situation.

"Gentils messieurs, laissez-moi vous dire la vérité sur notre sire: triste il n'est point, puisqu'à l'heure du choix, au lieu de celui qui emprisonnait la cervelle de la naine noire, le sien se porta sur l'étau qui enserrait le Royaume!"

Tout était impertinence dans ce que venait de crier Nicolas Joubert. Tout était politique, d'une lucidité presque mystique et très fin dans ce que venait de déclamer cet Angoulevent. "Qu'il est drôle, cet oiseau là!" souffla Hubert à D'Elbeuf qui lui faisait face. 

...

      

15 octobre 2008

Dessein et des seins.

"Depuis de nombreuses années, Sa Majesté s'était faite le premier défenseur des princes protestants allemands contre l'Empereur. Cette succession litigieuse des duchés bas-rhénans lui donnait l'opportunité inespérée d'aller beaucoup plus loin..."

Entendant ces mots, monsieur de Béthune s'arrêta de noter. Il leva les yeux en direction d'Henry qui s'acharnait gloutonnement sur un reste froid de pintade sans vraiment écouter La Force. Lui, et quelques autres dont le narrateur qui se garda bien d'en dire d'avantage, savait bien que la vraie raison, même si cette grande idée de la République Chrétienne, idée qui, au passage, se dit Sully, était de lui, était une réelle volonté de Sa Majesté, se trouvait dans l'amour. Henry était follement, le mot n'était pas trop fort, amoureux d'une jouvencelle d'à peine seize ans qu'il avait eu la naïveté de "confier" à son protégé, Condé, qu'il croyait suffisamment docile pour la lui restituer comme maîtresse. Or le candide et sa dulcinée, la belle Charlotte n'avaient rien trouver de mieux, en remerciement des bienfaits maladroitement distribués par Sa Majesté, que de trouver refuge en terroitoire honni, auprès de l'archiduc Albert. Craignant des représailles, le gouverneur des Pays-Bas espagnols faisait surveiller la fuyarde tandis que Condé, dans un geste de grande bravoure, la plantait là et partait à Milan. Comme les assiduités royales avaient une sainte horreur de ne pas être réciproques, les premières victimes du grand dessein d'Henry seraient bientôt, ces deux territoires sous domination des Habsbourg. "Un grand dessein pour des seins!" ironisa intérieurement Maximilien qui redevînt sérieux aussitôt: "ce qui importe est le résultat quelque soit le moyen de l'obtenir. Il part en guerre!"  

"... Sa Majesté allait enfin pouvoir créer cette "République Chrétienne" en laquelle il tient. Elle va apporter à l'Europe entière Cardinal_de_Joyeuse_svg.pngla paix durable qu'elle attend depuis des lustres. Dortmund fût la premère étape. Lui reste à rallier à sa bannière l'ensemble des opposants aux Habsbourg. Dans ce but, il envoya le Cardinal de Joyeuse comme médiateur près de Leonardo Donato, Doge de la Sérénissime qui se débattait dans une querelle théologique avec la Papauté. Paul V, en effet, en 1605, a frappé d'excommunication le Doge et d'interdit la République de Venise. La Sérénissime sortit vainqueure de ce bras-de-fer. Cette intervention française aliénait en partie Venise qui ne serait pas fâchée, non plus, d'infliger un nouveau camouflet à Paul V!..."

"Comment, diantre, une République Chrétienne pouvait-elle se faire sans la Papauté? J'avoue ne pas bien comprendre! Est-ce à dire que l'actuel Pape, Paul V, est un Habsbourg?"

Bizarrement, cette remarque, pourtant dénuée du moindre sens politique, dégela Henry qui éclata de son rire tonitruant et communicatif. Même Louis se joignit à la rigolade.

"Jarnicoton, Monsieur mon fils, vous avez la langue si bien pendue qu'elle en devient plaisante! Vous n'avez pas votre pareil pour jouer les trublions. Le pape? Un Habsbourg? Vraiment... Foutredieu, voilà qui me rebiscoule et qui m'ouvre l'estomac... Amenez moi quelques pâtés!..."

La Force crut bon de venir au sauvetage de Louis.

"Non, votre altesse, le pape n'est pas un Habsbourg mais un Borghèse italien. Seulement, l'Espagnol s'est proclamé depuis fort longtemps Défenseur de la Foi et est donc un allié "de fait" de la Papauté. De plus, Sa Majesté, par son intercession vénitienne a contribué à l'affaiblissement de l'autorité papale sur l'Europe, ce qui la conforte dans sa position de protecteur des princes protestants et la pose en tant qu'adversaire déclaré de l'Espagne."

Louis qui riait encore et s'essuyait les larmes d'un revers de manche, le remercia et imita son père en plongeant, avec délectation, une main gourmande dans une assiette pleine à craquer de mignardises.

Monsieur de Sully désespérait de voir ces deux-là prendre les affaires de l'Etat pour autre chose qu'un jeu même s'il pardonnait à l'un d'être un enfant et à l'autre d'être un ami.

...    

 

01 octobre 2008

Père et fils.

"Les duchés bas-rhénans sont donc placés sous l'autorité d'un commissaire impérial. Rodolphe choisit pour jouer ce rôle, son cousin germain préféré, le fils de Charles de Styrie, le frère de Charles d'Autriche, l'un des prétendants, l'archiduc Léopold Guillaume d'Autriche, évêque de Passau et de Strasbourg. Dans le même temps, la veuve de Johann Wilhelm, la duchesse Antoinette de Lorraine souhaite ardemment, en mémoire de son défunt époux, écarter tout prince protestant de la succession. Ainsi travaille-t-elle pour que l'Espagnol et l'archevêque-électeur de Cologne, Ernest de Bavière, s'impliquent dans la défense des intérêts catholiques. Vous constatez, votre altesse, à quel point une simple querelle de famille peut avoir de graves conséquences et ce dans l'Europe entière."

"Oui, effectivement, La Force, mais je ne vois pas très bien encore le rôle de la France dans le conflit qui se dessine, même si je suis certain de l'intérêt de mon père pour une affaire dans laquelle sont engagés de nombreux Habsbourg! Vous ne pourrez pas vous défilez, mon bon La Force: il va falloir que vous m'en disiez d'avantage! Mais avant toute chose..."

Louis se tourna alors vers Henry. Celui-ci montrait une mine réjouie quoique légèrement rubiconde, le vin servi durant le repas ayant été particulièrement goulayant.ingres-henriIV.jpg

"... Mon père, je vous prie de bien vouloir m'autoriser à m'absenter quelques temps avant de reprendre afin que je prenne mes dispositions pour faire prévenir Elbeuf et... Hubert, mes amis qui doivent m'attendre dans le jardin. Nous devions passer la journée ensemble et je leur avais dit que ça ne durerait pas. Puis-je, sire?"

"Hubert?... Qui est celui-là mon fils? Il me semble ne point le connaître!"

"Vous m'en voyez fort étonné, sire, puisqu'il s'est présenté à moi suite à votre recommandation et que vous lui aviez envoyé votre capitaine des gardes comme escorte!"

Un nuage d'inquiétude assombrit le visage de Louis. Il ne dura, heureusement, pas.

"Ah oui! Il s'agit de ce garçon vif et intelligent que je rencontrais tantôt. Il est né dans une région chère à mon coeur et sous la protection d'une bonne amie à moi. Son précepteur est un garçon d'une grande qualité et à l'érudition parfaite, Bruneau de Bagnols. Vous faites bien de le prendre comme ami. Il doit avoir votre âge. Il ne lui manque que le nom. Ca serait bien le diable, jarnicoton, si vous ne vous entendiez point comme larrons en foire. Faites mon fils. Faites les prévenir. La Force peut bien attendre quelques instants avant de nous instruire."

"Merci votre Majesté."

Louis retrouva son calme. Il aurait été fâché de devoir se séparer de ce nouveau compagnon qui lui avait plu dès les premiers abords. Il fila donner ses instructions à un valet de pied.

Monsieur de Sully profita de ce nouvel interlude pour murmurer à Henry:

"Puis-je vous entretenir en particulier d'une affaire de la plus haute importance?"

Henry fut agacé par ce malotru qui venait lui briser un moment de plénitude royale. Mais comme il s'agissait de son plus proche conseiller, il se contenta de bougonner et l'écouta distraitement.

...

11 septembre 2008

Rencontres hasardeuses.

auberge.jpgIl y avait dans la rue du pot de fer, un "staminee", il ne connaissait pas le vocable français, sorte de réminiscence des caves du Clos royal de Sainte Geneviève.

Ce n'était pas le genre d'endroit que Jean avait l'habitude de fréquenter mais l'heure n'était pas à atermoyer.

Dans le cadre de son métier, il rencontrait toutes sortes de personnes et parfois il lui était nécessaire de se plonger dans la fange. Quoique cette fois-ci, son contact n'était pas à proprement parler issu du peuple. Non, certes, on ne pouvait pas dire que "le contrôleur général des restes des états du Conseil" fût un gueux!

"Encore! Je ne m'en sortirai donc jamais!"

Il faut dire que Jean venait d'accompagner l'envoyé spécial du Roy auprès des Etats Généraux dans de grandes discussions plénipotentiaires afin de ménager aux Provinces-Unies, allié que le royaume, depuis Vervins, avait quelque peu délaissé, une trêve avec l'Espagne. Les palabres avec ces "geuzen" furent difficiles, parfois houleuses, mais aboutirent à une paix honorable. Sa majesté pouvait être satisfaite.

Malgré ce bon état d'esprit, Jean n'était pas très à l'aise. La salle, en sous-sol, sentait l'humidité, la fumée et le vin. Les tables étaient sales et son tabouret bancal. Sa patience était mise à rude épreuve.

noble 2.jpgLorsque les deux hommes et la femme entrèrent, la première chose qu'il vit, fut leur rapière. Ils devaient savoir s'en servir. Son oeil droit se mit à cligner. C'était son tic qui le reprenait.

Il était nerveux.

Pourtant, ce n'était pas après lui qu'ils en avaient. Ils observaient avec attention un jeune homme d'une trentaine d'années qui portait la tenue sans fioriture des réformés. Il rêvait devant une chopine à peine entamée.

Un enfant, âgé d'à peine dix ans, portant, enveloppé dans sa cape, un objet, dont la forme oblongue laissait deviner la nature, le rejoignit. Ils commandèrent tous deux de quoi se restaurer.

De plus en plus mal à l'aise, Jean dévisagea les étrangers qu'il reconnut, pour en avoir côtoyer un certain nombre lors de son ambassade, comme des Espagnols.

Ils étaient Anglais.

Quand, enfin, Benjamin, l'homme qu'il attendait, fit son apparition, les inconnus se levèrent précipitamment, gravirent les degrés menant à l'étage d'un bond, et disparurent.

Le nouvel arrivant, en sueur et l'air hagard, s'attabla et sans aucun prélude, annonça:

"Ce sont eux!"

...

28 août 2008

A nous... les petits anglais!

taverne.pngA quelques pas du refuge cossu de Marie Touchet, en place de Grève, à l'enseigne du "Grand Godet", trois cavaliers étrangers s'abreuvaient tranquillement.

Ils avaient le visage buriné des grands voyageurs et les vêtements fripés et souillés, sans doute, par un long périple sur les routes de France.

L'épée qui pendait à leur ceinture refroidissait les éventuelles velléités de querelle des écoliers ou des notables chanoines de l'endroit.

Bien qu'ils se rapprochaient à chaque fois qu'ils prenaient la parole, il restait très difficile pour l'interlocuteur d'entendre les phrases longues. Ils se rapprochèrent encore. Un témoin de la discussion les confonderait très vite avec des comploteurs.

S'en étaient.

Sauf qu'ils avaient échoué! Leur informateur les avait mal renseigné: l'homme qu'il devait voir à Paris n'avait aucune origine anglaise ni aucune amitié pour leur pays. S'ils avaient pu, ils auraient quitté Paris dès ce soir. Ils n'aimaient pas cette ville, mais ils étaient fourbus de leur course depuis l'Espagne.

Ils reprendront la route le lendemain.

Le premier: "Je suis fatigué. Paie Kane que nous puissions avoir une chambre! Et puis dis à ton épouse que son expérience ne lui permet pas de me parler comme ça. Il ne faudrait pas qu'elle oublie que, malgré toute sa compétence elle s'est fait remettre des informations erronées!"

L'autre: "Oui, je vais payer l'aubergiste. Et toi, Gail, je voulais te prévenir que la prochaine fois que tu vas voir un de tes "contacts" que tu le veuilles ou non, je t'accompagne. Tu as tort, Gail, de vouloir toujours me mettre à l'écart je te rappelle que depuis quelques jours je suis ton époux devant Dieu."

La femme: "Sachez, tous les deux, que si je n'avais pas de "contacts" comme vous dites, nous ne gagnerions pas notre vie... Il est tard. Je suis lasse. Vas nous payer une chambre et cessons-là!"

Cette perfide danaïde monta se coucher sans autre parole, ni regard pour ses compagnons.

...