01 novembre 2008
La balade de Chatouille.
Hubert adorait lire.
Grâce aux bons soins de Bagnols, il savait le faire en plusieurs langues.
Il possédait une bibliothèque à faire pâlir plus d'un érudit. Elle se composait d'ouvrages en anglais, en espagnol, en allemand, en latin, en italien ou en français, monsieur Bruneau estimant, en effet, que la connaissance n'avait pas de frontière et que se limiter aux oeuvres traduites dans sa langue natale relevait d'une certaine étroitesse d'esprit coupable, selon lui, de l'obscurantisme général dont souffraient les cours royales européennes.
Ainsi Hubert étudiait-il les sciences avec Galilée, Bayer, Errard, Perret, Fabrice ou Aldrovandi et la littérature avec Bacon, Montaigne, Malherbe, Spencer, Shakespeare, Lope de Vega, Quevedo, Gongora, Ramusio ou Johnson.
Mais, Hubert était avant tout un romantique et un rêveur. Il se délectait en parcourant les romans picaresques d'un Cervantes ou d'un Alemàn et voyageait à l'autre bout du monde grâce, notamment, aux récits de Pretty, Raleigh, Florio, Du Petit Val, Hakluyt, ou Champlain. Ces livres, bien que qualifiés de prosaïques et sans intérêt par monsieur Bruneau, ne quittaient que très rarement son chevet.
Depuis son plus jeune âge, dont il n'était pas si éloigné si on en croyait son précepteur, il enviait ces explorateurs de Nouvelle-France, ces découvreurs de terres que lui ne conquérait que par l'imagination. Il venait de terminer le volume intitulé "Histoire de la Nouvelle-France" de Marc Lescarbot. Il l'avait dévoré.
Aussi ne fut-il pas surpris devant le gigantisme de l'ours qui défilait enchaîné à la suite de son maître. La bête faisait partie d'un spectacle exécuté avec maestria par une troupe de gens de la balle. Ils n'étaient certes pas de Nouvelle-France mais la vision du plantigrade suffit à Hubert pour lâcher les rènes de son esprit rétif. Il le laissa cavaler par monts et par vaux, par delà l'océan vers ce continent nouveau et pourtant maintes fois parcouru en songe. Un pressentiment l'extirpa de son voyage solitaire. On lui volait sa bourse.
Le galopin qui osa la lui couper n'avait pas son âge. Il cramponnait une dague plus grande que son bras et était encouragé par un adolescent à peine plus vieux. Lorsque Hubert se retourna, ils prirent tous deux peur et s'enfuirent. D'Elbeuf remarqua le manège et se rua à leur poursuite, si vite que Concasse n'esquissa pas un geste. Quant à Bagnols, il était si absorbé par les prouesses des gens du pavé, qu'il ne broncha nullement. Seul Hubert, après une vaine tentative de retenir monsieur de Guise-Lorraine, lui emboîta le pas.
Il le rattrapa en mauvaise posture.
Les deux gamins des rues avait une famille, une très grande famille. Le garçon se débattait ainsi avec cinq hommes dépenaillés, édentés et dépourvus de foi et de loi. Leur seule richesse ils la tendaient bélliqueusement vers le pauvre D'Elbeuf plus habitué à danser le menuet qu'à ferrailler. Chatouille intervînt avec bonheur en mettant hors d'état de nuire un adversaire. Les autres tinrent bon. La situation aurait même pu tourner en la défaveur des jouvenceaux si Concasse et ses compères n'avaient mis en fuite les vassaux du Roi des fous, pourtant déchu et sans terre.
Chatouille dégoulinait du sang de son baptême. Elle avait fait pire que de tuer ce jour-là, puisqu'elle avait donné à goûter, à Hubert, un nouveau plaisir: celui du duel.
Hubert le contentera à de nombreuses reprises. Ce sera son seul vice.
Avec la fidélité peut-être!
...
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21 août 2008
Rêveries transatlantiques.
" ... Le 24e jour d'aoust, nous partismes de Gachepay, le vaisseau dudict sieur Prévert & le nostre. Le 2e jour de septembre, nous faisons estat d'estre aussi avant que le cap de Rase. Le cinquième jours dudict nous entrasmes sur le banc où se fait la pesche du poisson. Le 16 dudict mois nous estions à la sonde qui peut estre à quelques 50 lieues d'Ouessant. Le 20 dudict mois, nous arrivasmes, par la Grâce de Dieu, avec contentement d'un chascun, & toujours le vent favorable, au port du Havre-de-Grace. FIN. "
Monsieur Bruneau, le précepteur se tut.
Il était tard.
La chandelle qui leur servait à s'éclairer n'était plus qu'une mèche flottant sur la cire chaude. Le précepteur alla en prendre une autre dans le vaissellier. Il l'alluma et la fit tenir dans le chandellier sur les restes de la précédente. Finalement il se tourna vers son élève qui se tenait sagement sur sa chaise face à un livre ouvert. Il était toujours sous le charme de ce qu'ils venaient de lire ensemble. Les paroles de son maître le sortirent de sa rêverie.
" Hubert, vous n'oublirez pas votre promesse: demain nous nous plongeons dans les arcanes de l'algèbre. Nous sommes bien d'accord? "
" Oui, maître, je n'oublierai pas. "
" Ce n'est qu'à cette condition que je vous ai accordé de lire la fin de " Des sauvages, ou voyage de Samuel Champlain de Brouage fait en la France Nouvelle ", livre dont vous ne cessez de me rebattre les oreilles! "
Le jeune garçon aux boucles blondes écarquilla ses yeux azurs.
" Quand je serai grand, je serai aventurier ou explorateur comme Champlain! "
Il avait un sourire béat.
Il grimpa brusquement sur la table, mima un capitaine sur son bâteau. Il ferma un oeil et mis ses deux mains devant l'autre comme s'il tenait une longue vue.
" Nous approchons d'une terre inconnue. Nous y déposerons la bannière du royaume et l'appellerons "l"Hubérie"! "
Monsieur Bruneau ne put s'empêcher de rire.
" Oui, oui! En attendant vous feriez mieux d'aller vous coucher car demain c'est l'algèbre qu'il vous faudra conquérir! ... Allez faire une bise à Madame votre mère et venez me rejoindre! "
" Bien mon capitaine! "
Nouveau fou rire.
...
16:59 Publié dans CAPE, FRANCE, NOUVELLE FRANCE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


