15 octobre 2008

Dessein et des seins.

"Depuis de nombreuses années, Sa Majesté s'était faite le premier défenseur des princes protestants allemands contre l'Empereur. Cette succession litigieuse des duchés bas-rhénans lui donnait l'opportunité inespérée d'aller beaucoup plus loin..."

Entendant ces mots, monsieur de Béthune s'arrêta de noter. Il leva les yeux en direction d'Henry qui s'acharnait gloutonnement sur un reste froid de pintade sans vraiment écouter La Force. Lui, et quelques autres dont le narrateur qui se garda bien d'en dire d'avantage, savait bien que la vraie raison, même si cette grande idée de la République Chrétienne, idée qui, au passage, se dit Sully, était de lui, était une réelle volonté de Sa Majesté, se trouvait dans l'amour. Henry était follement, le mot n'était pas trop fort, amoureux d'une jouvencelle d'à peine seize ans qu'il avait eu la naïveté de "confier" à son protégé, Condé, qu'il croyait suffisamment docile pour la lui restituer comme maîtresse. Or le candide et sa dulcinée, la belle Charlotte n'avaient rien trouver de mieux, en remerciement des bienfaits maladroitement distribués par Sa Majesté, que de trouver refuge en terroitoire honni, auprès de l'archiduc Albert. Craignant des représailles, le gouverneur des Pays-Bas espagnols faisait surveiller la fuyarde tandis que Condé, dans un geste de grande bravoure, la plantait là et partait à Milan. Comme les assiduités royales avaient une sainte horreur de ne pas être réciproques, les premières victimes du grand dessein d'Henry seraient bientôt, ces deux territoires sous domination des Habsbourg. "Un grand dessein pour des seins!" ironisa intérieurement Maximilien qui redevînt sérieux aussitôt: "ce qui importe est le résultat quelque soit le moyen de l'obtenir. Il part en guerre!"  

"... Sa Majesté allait enfin pouvoir créer cette "République Chrétienne" en laquelle il tient. Elle va apporter à l'Europe entière Cardinal_de_Joyeuse_svg.pngla paix durable qu'elle attend depuis des lustres. Dortmund fût la premère étape. Lui reste à rallier à sa bannière l'ensemble des opposants aux Habsbourg. Dans ce but, il envoya le Cardinal de Joyeuse comme médiateur près de Leonardo Donato, Doge de la Sérénissime qui se débattait dans une querelle théologique avec la Papauté. Paul V, en effet, en 1605, a frappé d'excommunication le Doge et d'interdit la République de Venise. La Sérénissime sortit vainqueure de ce bras-de-fer. Cette intervention française aliénait en partie Venise qui ne serait pas fâchée, non plus, d'infliger un nouveau camouflet à Paul V!..."

"Comment, diantre, une République Chrétienne pouvait-elle se faire sans la Papauté? J'avoue ne pas bien comprendre! Est-ce à dire que l'actuel Pape, Paul V, est un Habsbourg?"

Bizarrement, cette remarque, pourtant dénuée du moindre sens politique, dégela Henry qui éclata de son rire tonitruant et communicatif. Même Louis se joignit à la rigolade.

"Jarnicoton, Monsieur mon fils, vous avez la langue si bien pendue qu'elle en devient plaisante! Vous n'avez pas votre pareil pour jouer les trublions. Le pape? Un Habsbourg? Vraiment... Foutredieu, voilà qui me rebiscoule et qui m'ouvre l'estomac... Amenez moi quelques pâtés!..."

La Force crut bon de venir au sauvetage de Louis.

"Non, votre altesse, le pape n'est pas un Habsbourg mais un Borghèse italien. Seulement, l'Espagnol s'est proclamé depuis fort longtemps Défenseur de la Foi et est donc un allié "de fait" de la Papauté. De plus, Sa Majesté, par son intercession vénitienne a contribué à l'affaiblissement de l'autorité papale sur l'Europe, ce qui la conforte dans sa position de protecteur des princes protestants et la pose en tant qu'adversaire déclaré de l'Espagne."

Louis qui riait encore et s'essuyait les larmes d'un revers de manche, le remercia et imita son père en plongeant, avec délectation, une main gourmande dans une assiette pleine à craquer de mignardises.

Monsieur de Sully désespérait de voir ces deux-là prendre les affaires de l'Etat pour autre chose qu'un jeu même s'il pardonnait à l'un d'être un enfant et à l'autre d'être un ami.

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13 octobre 2008

Réforme et Contre-Réforme.

"Les catholiques ne restèrent effectivement pas les bras croisés devant l'insolence outrecuidante de ces Princes réformés. L'année dernière, en juillet, Léopold put, enfin, envoyer un corps expéditionnaire et chasser Brandebourg et Neubourg des duchés bas-rhénans qu'ils venaient de conquérir. Par la ruse, et, si vous me permettez d'intervenir, avec beaucoup de chance le Comte d'Althann, commandant des forces impériales, réussit à installer Léopold à Juliers et Clèves. Ce Michel Adolphe d'Altheim, maréchal de camp général de l'Empereur, était, à n'en pas douter, un bon soldat, mais il n'avait pas assez d'hommes pour maintenir sa position très longtemps, aussi Léopold multipliait-il les appels aux puissances catholiques. Il envoie ambassade sur ambassade pour tenter de les rallier à sa cause. De leur côté, Brandebourg et Neubourg mobilisent l'ensemble de leurs alliés protestants."

"Mon père, ne s'agirait-il pas d'une nouvelle Sainte Ligue en gestation? Je croyais que vous l'aviez occise! Cette gangrène n'en finira donc jamais?"

"Vous avez raison, mon fils! Mais aujourd'hui les choses ont changé et les forces en présence ne sont pas tout à fait identiques. Laissez La Force vous les présenter!"

Cette remarque n'avait que l'apparence de la satisfaction. Louis sentit une certaine irritation chez son père. Il se renfrogna et réfléchit à ce qu'il avait bien pu dire qui avait blessé son père.Christian_I_Anhalt_Bernburg.jpg

maximilien de bavière.jpg"Léopold peut compter sur le soutien inconditionnel de l'Espagne, déjà sollicitée par Antoinette de Lorraine, et de la Papauté qui voit d'un mauvais oeil le développement de la Réforme dans le Saint Empire romain germanique dont les frontières sont si proches. Autour de ces deux grandes puissances se forme, comme le disait votre altesse, une nouvelle Sainte Ligue forte des principaux Princes catholiques regroupés autour de leur chef, Maximilien, Duc de Bavière, neveu d'Ernest, l'Electeur de Cologne. En face, Brandebourg et Neubourg prennent appui sur la déjà puissante Union Evangélique du calviniste Christian Ier, Prince d'Anhalt-Bernbourg, ami de longue date de la famille de Brandebourg."

Pour la première fois depuis le début du Conseil, Louis décrocha légèrement. Il se mit à penser à Elbeuf et Hubert: avec eux, au moins, il s'amuserait! Il se demanda où ils pouvaient bien être et ce qu'ils faisaient en ce moment sans se douter que les intéressés ne se trouvaient qu'à quelques mètres de lui, à l'étage au dessus. Eux, tâchaient de rester concentrés afin de ne pas perdre le fil du discours et jetaient de temps à autres des regards anxieux vers la porte par où ils s'attendaient à voir surgir, à tout moment, le messager de Louis.

"Leopold, qui souhaite mettre le plus de chances de son côté, envoie des plénipotentiaires aux Pays-Bas espagnols avec pour objectif de convaincre l'archiduc Albert de reconnaître son autorité sur les duchés bas-rhénans. Sans d'autres alliances, les Princes Réformés avaient conscience qu'ils seraient bientôt balayés. C'est pourquoi ils voulaient que Sa Majesté prenne officiellement leur parti. L'heure était venue, pour Sa Majesté de venger, enfin, l'offensant traité de Cateau-Cambrésis!"

Alors qu'il entendait les bruits d'une cavalcade, Hubert pensa que , dans un avenir proche, il faudrait qu'il demandât à son précepteur de lui parler de ce traité qui lui était inconnu. Après tout il avait à peine neuf ans et tellement de lacunes à combler!

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19 septembre 2008

Dernier conseil.

Louis Cleves.gifarriva alors que, comme à l'accoutumée, son irrascible père jurait.

"Jarnicoton! Ce petit prince de merde, que j'ai élevé comme mon fils, cet infâme orphelin que j'ai eu la charité de prendre sous ma protection malgré toutes ces vipères qui prétendaient qu'il était un bâtard, ce qu'il est ne l'oublions pas, et qui allaient jusqu'à prétendre que sa défunte mère, la charmante madame de la Trémouille, paix à son âme, avait assassiné son époux, ce belâtre au vit restant plat, ce benêt à qui j'offre une épouse magnifique, n'a rien trouvé de mieux que de me trahir et de partir se réfugier dans une place forte de l'ennemi. Il va me le payer croyez-moi! Ils vont tous me le payer. Il faut apprendre à tout l'univers que le moment pour lequel le Roi Très Chrétien se prépare depuis tant d'années et avec tant de soins est enfin arrivé!"

Monsieur de Béthune, qui était présent, nota ces dernières paroles qu'il retenut comme historiques.

"Entrez mon fils! Venez assister au conseil le plus important de votre règne. Des décisions qui vont se prendre ici dépendra l'avenir du Royaume et de l'Europe. Avant tout chose, pour que vous compreniez bien, je vais laisser ce cher de la Force vous présenter la situation. C'est le grand dessein de ma vie, et celui de votre règne, alors veuillez bien tout saisir, monsieur mon fils!"

Louis resta silencieux tant il trouvait cette perspective fastidieuse. Ce qui le contrariait le plus était qu'il manquait une franche partie de rigolade avec Elbeuf et Hubert. Il se résigna. Il s'affala sur son siège pendant que Nompar de Caumont, plus habitué à l'écriture, tentait de regrouper ces idées. Le futur chef de l'armée de coalition se râcla une ultime fois la gorge.

"Sa Majesté, avec ses alliés, va entrer en guerre contre le Saint Empire Germanique pour la succession des Duchés de Clèves et de Juliers." 

Monsieur de la Force était fort content de ce début qu'il estimait à la fois aguicheur et prometteur pour la suite.Juliers.gif

Louis était loin de penser comme lui. Il s'ennuyait ferme. L'esprit ailleurs, il regardait par une fenêtre, monsieur d'Orléans, son petit frère adoré qui prenait l'air avec le sieur de Soliers qui devait lui raconter une histoire. Cette vision le revigora pour la journée et lui fit prendre son mal en patience.

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