17 octobre 2008
Briser l'étau.
"Si vous ne cessez point, autant sortir, il fait très beau et, vous Hubert, prendre l'air frais ferait le plus grand bien à votre visage qui est cramoisi de s'être enflammé."
"Ne nous importunez pas, Bagnols. Nous arrivons pour écouter la suite!"
Hubert faillit répondre mais, il aimait trop son précepteur pour ne pas réfléchir avant d'ouvrir la bouche. Il ne désirait pas regretter ses paroles. Il se contenta de revenir calmement à sa place, dans la cheminée. Il resta silencieux, ses oreilles en direction du discours de La Force qui reprenait un intérêt, ses yeux vers son précepteur qui ne paraissait pas vraiment fâché et l'esprit dans les couloirs du Louvre à la recherche de son Saint-Amour. D'Elbeuf reprenait ses périgrinations gustatives tandis que monsieur Bruneau se joignait à lui en tâtant un fromage miraculeusement épargné du carnage et en humectant ses lèvres d'un excellent vin de Loire. En bas, le monologue se faisait douloureux, l'orateur commençant à ressentir les effets de la digestion et des lourdeurs d'estomac.
"La Grande Alliance désirée par Sa Majesté prenait forme. Elle avait derrière sa bannière les deux préte
ndants réformés, depuis Dortmund. Elle avait obtenu un appui certain du Doge de la Sérénissime que Joyeuse venait de tirer d'un mauvais pas. Venise était donc prête à être l'épine dans le pied de la Papauté. Le sieur du Refuge, missionné par Sa Majesté auprès des cantons helvétiques, obtînt quelques promesses d'aide militaire de leur part. Cette aide se tournerait essentiellement vers le milanais dont le gouverneur espagnol, le Comte de Fuentes, a, semble-t-il des vues grandissantes sur les Trois Ligues, fières alliées des cantons. De même, pour des raisons que tout le monde s'accorde à dire politiques, et d'après les informations de l'Ambassadeur vénitien Antonio Foscarini, Christian IV, roi du Danemark serait prêt à rejoindre l'alliance protestante et à
fondre sur les territoires nords du Saint Empire qui lui sont frontaliers. Il est aussi le beau-frère de Brandebourg, ce qui serait la raison "non-politique" de son intervention. Récemment, il s'agit-là de la dernière bonne nouvelle en date, Bullion et Lesdiguières ont fait signé un traité à Charles-Emmanuel, Duc de Savoie. La chose ne fut pas aisée car depuis, le traité de Lyon, par lequel le Duc avait dû cesser toute vélléité de conquête vers l'ouest, la Savoie voyait la France d'un mauvais oeil..."
Un bruit venant de la porte l'interrompit. Louis poussa un soupir de soulagement: ce dernier passage avait été plus ardu et tout aussi difficile à digérer que cette poularde dont il rongeait encore l'os.
Comme s'il avait suivi le discours depuis le début, celui qui bondit à l'intérieur de la pièce énonça une phrase à l'emphase si prononcée qu'elle fît rire tout son public. Il intercalait entre chaque mot une acrobatie ridicule, qu'un enfant de dix ans, dont il avait la taille, aurait réussie de plus belle manière mais qui ajoutait à la bouffonnerie de la situation.
"Gentils messieurs, laissez-moi vous dire la vérité sur notre sire: triste il n'est point, puisqu'à l'heure du choix, au lieu de celui qui emprisonnait la cervelle de la naine noire, le sien se porta sur l'étau qui enserrait le Royaume!"
Tout était impertinence dans ce que venait de crier Nicolas Joubert. Tout était politique, d'une lucidité presque mystique et très fin dans ce que venait de déclamer cet Angoulevent. "Qu'il est drôle, cet oiseau là!" souffla Hubert à D'Elbeuf qui lui faisait face.
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23:50 Publié dans BRANDEBOURG, CANTONS HELVETIQUES, CAPE, DANEMARK, EPEE, ESPAGNE, FRANCE, MILAN, PAPAUTE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, SAVOIE, TROIS LIGUES, VENISE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15 octobre 2008
Dessein et des seins.
"Depuis de nombreuses années, Sa Majesté s'était faite le premier défenseur des princes protestants allemands contre l'Empereur. Cette succession litigieuse des duchés bas-rhénans lui donnait l'opportunité inespérée d'aller beaucoup plus loin..."
Entendant ces mots, monsieur de Béthune s'arrêta de noter. Il leva les yeux en direction d'Henry qui s'acharnait gloutonnement sur un reste froid de pintade sans vraiment écouter La Force. Lui, et quelques autres dont le narrateur qui se garda bien d'en dire d'avantage, savait bien que la vraie raison, même si cette grande idée de la République Chrétienne, idée qui, au passage, se dit Sully, était de lui, était une réelle volonté de Sa Majesté, se trouvait dans l'amour. Henry était follement, le mot n'était pas trop fort, amoureux d'une jouvencelle d'à peine seize ans qu'il avait eu la naïveté de "confier" à son protégé, Condé, qu'il croyait suffisamment docile pour la lui restituer comme maîtresse. Or le candide et sa dulcinée, la belle Charlotte n'avaient rien trouver de mieux, en remerciement des bienfaits maladroitement distribués par Sa Majesté, que de trouver refuge en terroitoire honni, auprès de l'archiduc Albert. Craignant des représailles, le gouverneur des Pays-Bas espagnols faisait surveiller la fuyarde tandis que Condé, dans un geste de grande bravoure, la plantait là et partait à Milan. Comme les assiduités royales avaient une sainte horreur de ne pas être réciproques, les premières victimes du grand dessein d'Henry seraient bientôt, ces deux territoires sous domination des Habsbourg. "Un grand dessein pour des seins!" ironisa intérieurement Maximilien qui redevînt sérieux aussitôt: "ce qui importe est le résultat quelque soit le moyen de l'obtenir. Il part en guerre!"
"... Sa Majesté allait enfin pouvoir créer cette "République Chrétienne" en laquelle il tient. Elle va apporter à l'Europe entière
la paix durable qu'elle attend depuis des lustres. Dortmund fût la premère étape. Lui reste à rallier à sa bannière l'ensemble des opposants aux Habsbourg. Dans ce but, il envoya le Cardinal de Joyeuse comme médiateur près de Leonardo Donato, Doge de la Sérénissime qui se débattait dans une querelle théologique avec la Papauté. Paul V, en effet, en 1605, a frappé d'excommunication le Doge et d'interdit la République de Venise. La Sérénissime sortit vainqueure de ce bras-de-fer. Cette intervention française aliénait en partie Venise qui ne serait pas fâchée, non plus, d'infliger un nouveau camouflet à Paul V!..."
"Comment, diantre, une République Chrétienne pouvait-elle se faire sans la Papauté? J'avoue ne pas bien comprendre! Est-ce à dire que l'actuel Pape, Paul V, est un Habsbourg?"
Bizarrement, cette remarque, pourtant dénuée du moindre sens politique, dégela Henry qui éclata de son rire tonitruant et communicatif. Même Louis se joignit à la rigolade.
"Jarnicoton, Monsieur mon fils, vous avez la langue si bien pendue qu'elle en devient plaisante! Vous n'avez pas votre pareil pour jouer les trublions. Le pape? Un Habsbourg? Vraiment... Foutredieu, voilà qui me rebiscoule et qui m'ouvre l'estomac... Amenez moi quelques pâtés!..."
La Force crut bon de venir au sauvetage de Louis.
"Non, votre altesse, le pape n'est pas un Habsbourg mais un Borghèse italien. Seulement, l'Espagnol s'est proclamé depuis fort longtemps Défenseur de la Foi et est donc un allié "de fait" de la Papauté. De plus, Sa Majesté, par son intercession vénitienne a contribué à l'affaiblissement de l'autorité papale sur l'Europe, ce qui la conforte dans sa position de protecteur des princes protestants et la pose en tant qu'adversaire déclaré de l'Espagne."
Louis qui riait encore et s'essuyait les larmes d'un revers de manche, le remercia et imita son père en plongeant, avec délectation, une main gourmande dans une assiette pleine à craquer de mignardises.
Monsieur de Sully désespérait de voir ces deux-là prendre les affaires de l'Etat pour autre chose qu'un jeu même s'il pardonnait à l'un d'être un enfant et à l'autre d'être un ami.
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22:23 Publié dans CAPE, CLEVES, EPEE, ESPAGNE, FRANCE, JULIERS, MILAN, PAPAUTE, PAYS-BAS ESPAGNOLS, PERSONNAGES HISTORIQUES, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, VENISE | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
13 octobre 2008
Réforme et Contre-Réforme.
"Les catholiques ne restèrent effectivement pas les bras croisés devant l'insolence outrecuidante de ces Princes réformés. L'année dernière, en juillet, Léopold put, enfin, envoyer un corps expéditionnaire et chasser Brandebourg et Neubourg des duchés bas-rhénans qu'ils venaient de conquérir. Par la ruse, et, si vous me permettez d'intervenir, avec beaucoup de chance le Comte d'Althann, commandant des forces impériales, réussit à installer Léopold à Juliers et Clèves. Ce Michel Adolphe d'Altheim, maréchal de camp général de l'Empereur, était, à n'en pas douter, un bon soldat, mais il n'avait pas assez d'hommes pour maintenir sa position très longtemps, aussi Léopold multipliait-il les appels aux puissances catholiques. Il envoie ambassade sur ambassade pour tenter de les rallier à sa cause. De leur côté, Brandebourg et Neubourg mobilisent l'ensemble de leurs alliés protestants."
"Mon père, ne s'agirait-il pas d'une nouvelle Sainte Ligue en gestation? Je croyais que vous l'aviez occise! Cette gangrène n'en finira donc jamais?"
"Vous avez raison, mon fils! Mais aujourd'hui les choses ont changé et les forces en présence ne sont pas tout à fait identiques. Laissez La Force vous les présenter!"
Cette remarque n'avait que l'apparence de la satisfaction. Louis sentit une certaine irritation chez son père. Il se renfrogna et réfléchit à ce qu'il avait bien pu dire qui avait blessé son père.
"Léopold peut compter sur le soutien inconditionnel de l'Espagne, déjà sollicitée par Antoinette de Lorraine, et de la Papauté qui voit d'un mauvais oeil le développement de la Réforme dans le Saint Empire romain germanique dont les frontières sont si proches. Autour de ces deux grandes puissances se forme, comme le disait votre altesse, une nouvelle Sainte Ligue forte des principaux Princes catholiques regroupés autour de leur chef, Maximilien, Duc de Bavière, neveu d'Ernest, l'Electeur de Cologne. En face, Brandebourg et Neubourg prennent appui sur la déjà puissante Union Evangélique du calviniste Christian Ier, Prince d'Anhalt-Bernbourg, ami de longue date de la famille de Brandebourg."
Pour la première fois depuis le début du Conseil, Louis décrocha légèrement. Il se mit à penser à Elbeuf et Hubert: avec eux, au moins, il s'amuserait! Il se demanda où ils pouvaient bien être et ce qu'ils faisaient en ce moment sans se douter que les intéressés ne se trouvaient qu'à quelques mètres de lui, à l'étage au dessus. Eux, tâchaient de rester concentrés afin de ne pas perdre le fil du discours et jetaient de temps à autres des regards anxieux vers la porte par où ils s'attendaient à voir surgir, à tout moment, le messager de Louis.
"Leopold, qui souhaite mettre le plus de chances de son côté, envoie des plénipotentiaires aux Pays-Bas espagnols avec pour objectif de convaincre l'archiduc Albert de reconnaître son autorité sur les duchés bas-rhénans. Sans d'autres alliances, les Princes Réformés avaient conscience qu'ils seraient bientôt balayés. C'est pourquoi ils voulaient que Sa Majesté prenne officiellement leur parti. L'heure était venue, pour Sa Majesté de venger, enfin, l'offensant traité de Cateau-Cambrésis!"
Alors qu'il entendait les bruits d'une cavalcade, Hubert pensa que , dans un avenir proche, il faudrait qu'il demandât à son précepteur de lui parler de ce traité qui lui était inconnu. Après tout il avait à peine neuf ans et tellement de lacunes à combler!
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10 octobre 2008
Admiration réciproque.
"Je dois vous dire, votre altesse, que le jeune Leopold, celui qu'a choisi l'Empereur, est dévoré d'ambition. Il ne voit dans le réglement de cette affaire qu'une étape vers la dignité impériale. Aussi désire-t-il la résoudre à sa manière, par la force, afin de ne laisser aucune chance aux deux prétendants protestants. Il regroupe, en ce moment-même, des troupes dans les deux évêchés dont il a la charge, à Passau et à Strasbourg."
"C'est donc le guerre qui commence!"
"Ca m'en a tout l'air, votre altesse. Et, je ne vous le cacherai pas plus longtemps, au grand bonheur de Sa Majesté, votre père, qui la désire tant pour qu'enfin les prétentions des Habsbourg cessent. Aussi, Sa Majesté a-t-elle envoyé un excellent négociateur près des Princes rebelles, Neubourg et Brandebourg, dans le but de coordonner leur action, seule espoir de victoire face à Leopold et à la puissance de l'Empire. Le Seigneur de Bauldry et de la Chesnaye a réglé cette affaire au delà des espérance de Sa Majesté. Dans une lettre datée du 31 mai de l'année dernière, il informe Henry de la signature, à Dortmund, en Allemagne, par les Princes protestants, d'une sorte de "pacte de non-agression"durant tout ce conflit. Il s'agissait de la première condition de réussite du plan élaboré par Sa Majesté, avec l'aide de monsieur de Sully."
Entendant son nom, pour une fois, dans le long discours de monsieur de La Force, monsieur de Béthune leva la tête de ses papiers et sourit. Henry échangea avec lui un regard complice et fit une moue de satisfaction. Ces deux-là étaient sûrs de leur fait et certains de la victoire. Louis en semblait heureux et souriait béatement à son père qui lui passa, affectueusement, une main dans les cheveux. Le visage de Louis s'éclaira de joie. Il n'aimait pas les charges de l'Etat mais il adorait son père. Cette raison était bien suffisante pour résister à un Conseil aussi complexe. Et puis la France se redressait, ce n'était pas si courant de la voir maître de l'Europe!
Monsieur de La Force reprit:
"Forts de cette alliance, Neubourg et Brandebourg envahirent les Duchés bas-rhénans. Ils occupèrent même Düsseldorf, capitale historique du duché de Juliers. Il faut dire que recruter des forces mlitaires dans un délai aussi court, est une chose malaisée, Leopold ne put donc réagir à temps. Ce fut alors chose facile pour les Ducs réformés de se faire prêter serment par les Etats."
"Si j'en crois ce qu'on raconte, dans le Saint-Empire romain germanique, le territoire prend "de fait" la religion de son dirigeant. Il est donc fort important pour les catholiques, représentés par Rodolphe et les Habsbourg, de ne pas laisser les Duchés bas-rhénans à la Réforme! N'est-ce pas?"
Ce fut Henry lui-même qui répondit:
"Excellent, monsieur mon fils! Jarnicoton, je défends désormais à quiconque, il jetta un regard insistant en direction de monsieur de Béthune, de raconter que Louis ne s'intéresse qu'à la chasse! C'est magnifique. Bravo! Bravissimo comme dirait ce fantoche de Conchine! Voici bien une remarque qui cloue le bec de bien des Conseillers, mon fils. Splendide!"
"Tout ceci est exact, mon Prince! Il s'agit d'une réalité depuis la paix d'Augsbourg accordée par Charles Quint en 1555. Elle peut se résumer, comme votre altesse l'a si bien dit, à : cuius regio, eius religio, soit, en français, "tel prince, telle religion"! Bien que je n'en doutais pas, je constate avec grande admiration, à quel point, votre altesse s'intéresse aux choses de la Politique. J'en suis gravement impressionné."
Louis n'était pas peu fier. Il cacha à tous, bien entendu, que c'était monsieur de Sully, pourtant son premier détracteur, qui l'avait informé de cette situation juste avant le Conseil. "Il est vraiment étrange ce Sully!" pensait-il en écoutant les louanges qui affluaient de tous.
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09:00 Publié dans BRANDEBOURG, CAPE, CLEVES, EPEE, FRANCE, JULIERS, NEUBOURG, PASSAU, PERSONNAGES HISTORIQUES, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, STRASBOURG | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01 octobre 2008
Père et fils.
"Les duchés bas-rhénans sont donc placés sous l'autorité d'un commissaire impérial. Rodolphe choisit pour jouer ce rôle, son cousin germain préféré, le fils de Charles de Styrie, le frère de Charles d'Autriche, l'un des prétendants, l'archiduc Léopold Guillaume d'Autriche, évêque de Passau et de Strasbourg. Dans le même temps, la veuve de Johann Wilhelm, la duchesse Antoinette de Lorraine souhaite ardemment, en mémoire de son défunt époux, écarter tout prince protestant de la succession. Ainsi travaille-t-elle pour que l'Espagnol et l'archevêque-électeur de Cologne, Ernest de Bavière, s'impliquent dans la défense des intérêts catholiques. Vous constatez, votre altesse, à quel point une simple querelle de famille peut avoir de graves conséquences et ce dans l'Europe entière."
"Oui, effectivement, La Force, mais je ne vois pas très bien encore le rôle de la France dans le conflit qui se dessine, même si je suis certain de l'intérêt de mon père pour une affaire dans laquelle sont engagés de nombreux Habsbourg! Vous ne pourrez pas vous défilez, mon bon La Force: il va falloir que vous m'en disiez d'avantage! Mais avant toute chose..."
Louis se tourna alors vers Henry. Celui-ci montrait une mine réjouie quoique légèrement rubiconde, le vin servi durant le repas ayant été particulièrement goulayant.
"... Mon père, je vous prie de bien vouloir m'autoriser à m'absenter quelques temps avant de reprendre afin que je prenne mes dispositions pour faire prévenir Elbeuf et... Hubert, mes amis qui doivent m'attendre dans le jardin. Nous devions passer la journée ensemble et je leur avais dit que ça ne durerait pas. Puis-je, sire?"
"Hubert?... Qui est celui-là mon fils? Il me semble ne point le connaître!"
"Vous m'en voyez fort étonné, sire, puisqu'il s'est présenté à moi suite à votre recommandation et que vous lui aviez envoyé votre capitaine des gardes comme escorte!"
Un nuage d'inquiétude assombrit le visage de Louis. Il ne dura, heureusement, pas.
"Ah oui! Il s'agit de ce garçon vif et intelligent que je rencontrais tantôt. Il est né dans une région chère à mon coeur et sous la protection d'une bonne amie à moi. Son précepteur est un garçon d'une grande qualité et à l'érudition parfaite, Bruneau de Bagnols. Vous faites bien de le prendre comme ami. Il doit avoir votre âge. Il ne lui manque que le nom. Ca serait bien le diable, jarnicoton, si vous ne vous entendiez point comme larrons en foire. Faites mon fils. Faites les prévenir. La Force peut bien attendre quelques instants avant de nous instruire."
"Merci votre Majesté."
Louis retrouva son calme. Il aurait été fâché de devoir se séparer de ce nouveau compagnon qui lui avait plu dès les premiers abords. Il fila donner ses instructions à un valet de pied.
Monsieur de Sully profita de ce nouvel interlude pour murmurer à Henry:
"Puis-je vous entretenir en particulier d'une affaire de la plus haute importance?"
Henry fut agacé par ce malotru qui venait lui briser un moment de plénitude royale. Mais comme il s'agissait de son plus proche conseiller, il se contenta de bougonner et l'écouta distraitement.
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20:30 Publié dans AUTRICHE, BAVIERE, CAPE, CLEVES, COLOGNE, EPEE, ESPAGNE, JULIERS, LORRAINE, PASSAU, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, STRASBOURG, STYRIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
26 septembre 2008
Disgression.
La tape amicale de monsieur Bruneau sur son épaule, sortit Hubert de sa torpeur. Il tenta maladroitement de masquer son désarroi lorsqu'il constata que, n'ayant pas eu le temps d'aller plus loin, il s'était mouiller les chausses.
En fait de coup de foudre, il n'entendit rien, que les battements lancinants de son coeur! Il en était sourd.
"Qui, ... qui est-elle?"
Sans répondre monsieur Bruneau lui montra l'humidité du sol.
"Ne me dites surtout pas ce qu'il vous est arrivé! Où restiez-vous mon jeune élève? Monsieur d'Elbeuf et moi vous avons cherché plusieurs minutes! Il serait dommage que vous ratiez le plus intéressant. Venez."
Hubert le suivit nonchalamment. Il ne releva pas que son précepteur s'était pris au jeu de l'écoute discrète.
Lorsqu'ils revinrent dans la salle, monsieur de Guise-Lorraine avait fait monter, sans qu'ils sachent trop comment, une table des fauteuils et un repas frugal, froid mais apétissant. Il attaquait une cuisse de poule et leur fit signe de se joindre à lui.
En bas, La Porte avait repris depuis quelques instants mais ils n'avaient rien raté.
"Devant cet imbroglio politique, l'empereur Rodolphe prononça le séquestre des duchés, prétextant qu'il était juge et souverain de ces fiefs. Il voulait surtout raffermir son autorité durement mise à mal en Bohême par ces mêmes protestants qui réclament Clèves et Juliers."
"Comment ça?... Est-ce hors de propos que de vous demander un éclaircissement sur ce point?"
La Force avant de répondre à la sollicitation du Dauphin, se tourna vers le roi. Celui-ci n'en revenait pas que son fils, d'habitude peu enclin à la politique, demanda des précisions. Il opina de la tête.
Mais le narrateur dût patienter le temps que les serviteurs installent de quoi se restaurer à même la table. Il fronça les sourcils afin d'exprimer son mécontentement devant leur lenteur.
Ils sortirent.
"En préambule, en ce qui concerne cette affaire, il faut que je vous dise que l'Empereur Rodolphe est réputé faible d'esprit, comme de nombreux Habsbourg d'ailleurs! Il s'entoure des meilleurs médecins qui le soigne avec des plantes et des remèdes mystérieux qu'ils sortent dont ne sait quel grimoire. Leur efficacité semble douteuse puisque sa maladie mentale le travaille toujours. Pour cette raison, une grande partie de son empire se trouve, à sa demande, sous l'autorité de son frère Matthias. Ce dernier est, en effet, roi du Vorlande, vaste domaine qui comprend, notamment le duché du Tyrol et la principauté du Vorarlberg en Autriche. Outre ce "second roi", Rodolphe II doit faire face à une instabilité croissante au sein même de l'Empire comme à ces frontières."
Comme il débordait très largement de son sujet de départ, La Force soupçonna un certain ennui de son auditoire. Contre toute attente, il n'en était rien, tous se languissaient de la suite, suspendus à ses lèvres. Nos trois amis avaient rapproché leur table de la cheminée. Hubert s'était, lui, assis à même le sol, un paté en croûte sur les genoux afin qu'aucun détail ne lui échappe.
Rassuré, La Force reprit:
"Il faut dire qu'il s'est proclamé résolument pour la Contre-Réforme et s'est donc attiré l'animosité de nombre de ses vassaux protestants. En Hongrie, la révolte l'a obligé à donner encore plus de prérogatives à son frère qui signa d'ailleurs un traité de paix défavorable aux Habsbourg. La Roumélie ottomane et la Turquie musulmane sont aussi agitées. Alliées à certains protestants, elles menacent, toutes deux, l'intérieur même de l'empire, ce qui a contraint, récemment, Rodolphe à céder à Matthias, beaucoup plus compétent que lui, l'Autriche, la Moravie et la Hongrie. Son empire décline, aussi, tente-t-il de conserver ce qu'il en reste en faisant des concessions aux réformés de Bohême. Ceux-ci ne furent pas dupes du "Majestät" qui leur accordait une certaine liberté de culte. Là encore, je pense qu'un jour prochain, Rodolphe sera forcé de "céder" la Bohême à Matthias peut-être même abdiquera-t-il en sa faveur? Rien n'est impossible. Il n'aura sans doute plus d'autre solution."
"Comprenez-vous maintenant pourquoi les duchés bas-rhénans l'intéressent-ils tant? Ils lui premettraient de retrouver un peu de sa superbe et d'affliger un revers à son frère, devenu plus puissant que lui."
"Effectivement, je vois maintenant la situation délicate dans laquelle l'Empereur Rodolphe se trouve. Veuillez reprendre, je vous prie, le récit sur Clèves et Juliers."
"Avec grand plaisir, votre altesse!"
Mais l'irruption de Marie, l'épouse du roi, l'en empêcha. Cette tornade emporta les dernières résistances de La Force qui s'assit en bougonnant. Henry non plus ne paraissait pas très heureux de voir ainsi débarquer sa furie de femme. Il savait ce qu'elle venait faire et qui lui avait demandé d'interrompre son conseil: elle allait lui demander pour la millième fois de la faire Reine, envoyée qu'elle était par Conchine et sa naine.
Il était fatigué. Qu'elle lui demandât ce qu'elle voulait et qu'elle partît vite. C'était tout ce qu'il souhaitait, dût-il accepter!
"Monsieur mon époux, je profite de vous trouver là pour vous supplier de me couronner Reine au plus tôt. De quoi ai-je l'air je vous le demande? Moi qui suis déjà bafouée par toute vos maîtresses, certaines s'étant prises à rêver d'être votre épouse et ces morveux de bâtards qui courent jusque dans mon jardin..."
"Bien ma mie, vos désirs seront des ordres..."
Deux personnes eurent alors un rictus: la Médicis qui triomphait et monsieur de Béthune qui pestait.
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22:33 Publié dans AUTRICHE, BOHEME, CLEVES, EPEE, HONGRIE, JULIERS, MORAVIE, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES, ROUMELIE, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, TURQUIE, VORARLBERG | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23 septembre 2008
Indiscrétion.
"Monsieur Hubert, jouer les espions n'est pas digne d'un garçon de bonne famille!"
"Oui, monsieur Bruneau, je le sais! Heureusement pour moi, je ne suis que le fils d'une blanchisseuse!"
Cette réplique suffit à faire taire monsieur Bruneau qui se rapprocha de la cheminée par laquelle écoutaient les deux enfants. C'était une idée du duc d'Elbeuf qui avait découvert l'endroit par hasard un jour en jouant à cache cache avec le Dauphin. Devant le manège du précepteur, les chenapans, rièrent de bon coeur. Ils avaient l'amitié facile de deux enfants en manque d'amour filial. Ils tendirent l'oreille car le discoureur reprenait son exposé.
...
"Donc, les deux favoris dans cette querelle de succession sont l'Electeur de Brandebourg, le calviniste Jean Sigismond qui a la chance, si je puis dire, d'avoir épousé Anne de Prusse, la première fille de feue Marie Eleonore, fille aînée de Guillaume de Clèves et de Albert Frédéric, second duc de Prusse et, lui-même, fils du dernier Grand Maître de l'Ordre Teutonique et Philippe Louis de Wittelsbach, comte palatin de Neubourg et époux de Anne de Clèves, la seconde fille du défunt. Lui aussi est un protestant, un luthérien..."
Une voix que les trois espions reconnurent comme celle du Dauphin intervînt.
"Nous dirigeons nous vers une guerre de religion entre Réformés?"
"Non, votre altesse, pas tout à fait!..."
Une nouvelle interruption.
Cette fois semblait-il, quelqu'un venait d'entrer dans la salle du conseil. Les autres restèrent silencieux. L'importun sortit bientôt imité par un de Béthune plutôt contrit de devoir s'absenter un moment mais il s'agissait d'une affaire de la plus haute importance. Il devait s'entretenir avec une personne, mais il reviendrait très vite.
Nul ne sut réellement ce qu'il se dit durant ce bref interlude entre Sully et la mystérieuse personne mais lorsqu'il revînt il annonça au Roy d'une voix lugubre:
"Pardonnez-moi, sire, il s'agissait de Mademoiselle de Gournay qui tenait à me présenter une amie à elle, une certaine Jacqueline d'Escoman. Ce qu'elles avaient à me révéler ne pouvait supporter de délai... Mais reprenons La Force, s'il vous plaît!"
"Jarnicoton, mon bon Béthune, est-ce pour deux donzelles que vous interrompez notre conseil? Je croyais que c'était à moi à qui seyait ce genre de jupon?"
Maximilien se força à rire à la plaisanterie de Henry.
Quant à Hubert, il n'en manquait pas une miette.
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08:45 Publié dans BRANDEBOURG, CAPE, CLEVES, EPEE, FRANCE, NEUBOURG, PERSONNAGES DE FICTION, PERSONNAGES HISTORIQUES, PRUSSE, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
22 septembre 2008
Conflit d'héritage.
"Sire, afin que vous compreniez bien la situation je vais faire un court retour dans l'histoire. 1356 est l'année de la fondation du Duché de Juliers. A la suite d'une alliance, en 1423, lui est rattaché le Duché de Berg. Nous arrivons ensuite en 1511, date à laquelle Jean III, duc de Clèves et Comte de Ravensberg et de Mark en prend possession. La succession se passe sans problème jusque très récemment. En effet, en 1592, son fils, le duc régnant Wilhelm de Clèves meurt. Son dernier fils, Johann Wilhelm, Jean Guillaume en français, lui succède. Il est mort l'année dernière sans enfant. Il ne reste que ses quatre soeurs. L'héritière officielle, l'aînée des quatre filles , est décédée. Alors, la situation économique et géographique des duchés bas-rhénans étant florissante, les candidats à la succession se bousculent."
La Force fit une pause pour voir si l'auditoire suivait bien le fil de son exposé. Louis semblait bien plus attentionné qu'à l'habitude. Il fit une remarque au narrateur qui fit pouffer son père:
"Poursuivez donc, La Force, ne me faites pas tant languir."
"Que votre majesté me pardonne! ... Laissez-moi vous présenter ceux qui briguent l'autorité à Juliers et Clèves. En premier lieu citons, l'Electeur de Saxe, Christian II et les descendants du duc Ernest qui remontent à l'expectative de 1483 leur accordant le duché de Juliers. Ensuite viennent les quatre soeurs de Johann Wilhelm par l'intermédiaire de leur famille respective. Tout d'abord, le Duc Jean Casimir, comte palatin des Deux-Ponts - Zweibrücken en allemand - et de Kleeburg qui revendique les duchés en tant que fils de Magdelaine, troisième soeur du défunt et de feu Jean de Wittelsbach. Arrive ensuite, Charles d'Autriche, marquis de Burgow, cousin germain de l'Empereur Rodolphe, évêque séculier de Breslau, Prince-évêque de Brixen et surtout époux de Sibyle, quatrième soeur du défunt. Ceux-ci sont les moins probables. Passons, si vous le voulez-bien, aux deux principaux..."
A la grande satisfaction d'Henry, Louis interrompit le discours pour se faire préciser les choses.
"Les autres je ne sais pas mais ce dernier, Charles d'Autriche, je suis certain qu'il s'agit d'un Habsbourg non? Mon père, ne serait-ce pas cette famille qui dirige la moitié de l'Europe dont l'Espagne, fervente catholique et ennemi de la France?"
Afin de ne pas montrer sa joie, Henry le grand laissa La Force répondre.
"La clairvoyance de votre majesté n'a d'égale que sa connaissance de la politique étrangère: Charles de Habsbourg, est archiduc d'Autriche et bien membre de cette famille onnie par sa majesté votre père, issu de la grande famille des Bourbon et ennemi traditionnel des Habsbourg... Mais parlons des deux candidats à la succession les plus importants, j'ai nommé Johann Sigismund de Hohenzollern et Phillip Ludwig, frère aîné de Jean des Deux Ponts et, par conséquent, l'oncle de Jean Casimir..."
Louis, désireux de briller devant son père chéri, intervînt une nouvelle fois, fort à propos.
"Le premier, ce Hohenzollern, ne serait-il pas de la Réforme?"
"Si en effet!" lui répondit monsieur de Béthune qui prenait des notes.
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19 septembre 2008
Dernier conseil.
Louis
arriva alors que, comme à l'accoutumée, son irrascible père jurait.
"Jarnicoton! Ce petit prince de merde, que j'ai élevé comme mon fils, cet infâme orphelin que j'ai eu la charité de prendre sous ma protection malgré toutes ces vipères qui prétendaient qu'il était un bâtard, ce qu'il est ne l'oublions pas, et qui allaient jusqu'à prétendre que sa défunte mère, la charmante madame de la Trémouille, paix à son âme, avait assassiné son époux, ce belâtre au vit restant plat, ce benêt à qui j'offre une épouse magnifique, n'a rien trouvé de mieux que de me trahir et de partir se réfugier dans une place forte de l'ennemi. Il va me le payer croyez-moi! Ils vont tous me le payer. Il faut apprendre à tout l'univers que le moment pour lequel le Roi Très Chrétien se prépare depuis tant d'années et avec tant de soins est enfin arrivé!"
Monsieur de Béthune, qui était présent, nota ces dernières paroles qu'il retenut comme historiques.
"Entrez mon fils! Venez assister au conseil le plus important de votre règne. Des décisions qui vont se prendre ici dépendra l'avenir du Royaume et de l'Europe. Avant tout chose, pour que vous compreniez bien, je vais laisser ce cher de la Force vous présenter la situation. C'est le grand dessein de ma vie, et celui de votre règne, alors veuillez bien tout saisir, monsieur mon fils!"
Louis resta silencieux tant il trouvait cette perspective fastidieuse. Ce qui le contrariait le plus était qu'il manquait une franche partie de rigolade avec Elbeuf et Hubert. Il se résigna. Il s'affala sur son siège pendant que Nompar de Caumont, plus habitué à l'écriture, tentait de regrouper ces idées. Le futur chef de l'armée de coalition se râcla une ultime fois la gorge.
"Sa Majesté, avec ses alliés, va entrer en guerre contre le Saint Empire Germanique pour la succession des Duchés de Clèves et de Juliers."
Monsieur de la Force était fort content de ce début qu'il estimait à la fois aguicheur et prometteur pour la suite.
Louis était loin de penser comme lui. Il s'ennuyait ferme. L'esprit ailleurs, il regardait par une fenêtre, monsieur d'Orléans, son petit frère adoré qui prenait l'air avec le sieur de Soliers qui devait lui raconter une histoire. Cette vision le revigora pour la journée et lui fit prendre son mal en patience.
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