10 octobre 2008
Admiration réciproque.
"Je dois vous dire, votre altesse, que le jeune Leopold, celui qu'a choisi l'Empereur, est dévoré d'ambition. Il ne voit dans le réglement de cette affaire qu'une étape vers la dignité impériale. Aussi désire-t-il la résoudre à sa manière, par la force, afin de ne laisser aucune chance aux deux prétendants protestants. Il regroupe, en ce moment-même, des troupes dans les deux évêchés dont il a la charge, à Passau et à Strasbourg."
"C'est donc le guerre qui commence!"
"Ca m'en a tout l'air, votre altesse. Et, je ne vous le cacherai pas plus longtemps, au grand bonheur de Sa Majesté, votre père, qui la désire tant pour qu'enfin les prétentions des Habsbourg cessent. Aussi, Sa Majesté a-t-elle envoyé un excellent négociateur près des Princes rebelles, Neubourg et Brandebourg, dans le but de coordonner leur action, seule espoir de victoire face à Leopold et à la puissance de l'Empire. Le Seigneur de Bauldry et de la Chesnaye a réglé cette affaire au delà des espérance de Sa Majesté. Dans une lettre datée du 31 mai de l'année dernière, il informe Henry de la signature, à Dortmund, en Allemagne, par les Princes protestants, d'une sorte de "pacte de non-agression"durant tout ce conflit. Il s'agissait de la première condition de réussite du plan élaboré par Sa Majesté, avec l'aide de monsieur de Sully."
Entendant son nom, pour une fois, dans le long discours de monsieur de La Force, monsieur de Béthune leva la tête de ses papiers et sourit. Henry échangea avec lui un regard complice et fit une moue de satisfaction. Ces deux-là étaient sûrs de leur fait et certains de la victoire. Louis en semblait heureux et souriait béatement à son père qui lui passa, affectueusement, une main dans les cheveux. Le visage de Louis s'éclaira de joie. Il n'aimait pas les charges de l'Etat mais il adorait son père. Cette raison était bien suffisante pour résister à un Conseil aussi complexe. Et puis la France se redressait, ce n'était pas si courant de la voir maître de l'Europe!
Monsieur de La Force reprit:
"Forts de cette alliance, Neubourg et Brandebourg envahirent les Duchés bas-rhénans. Ils occupèrent même Düsseldorf, capitale historique du duché de Juliers. Il faut dire que recruter des forces mlitaires dans un délai aussi court, est une chose malaisée, Leopold ne put donc réagir à temps. Ce fut alors chose facile pour les Ducs réformés de se faire prêter serment par les Etats."
"Si j'en crois ce qu'on raconte, dans le Saint-Empire romain germanique, le territoire prend "de fait" la religion de son dirigeant. Il est donc fort important pour les catholiques, représentés par Rodolphe et les Habsbourg, de ne pas laisser les Duchés bas-rhénans à la Réforme! N'est-ce pas?"
Ce fut Henry lui-même qui répondit:
"Excellent, monsieur mon fils! Jarnicoton, je défends désormais à quiconque, il jetta un regard insistant en direction de monsieur de Béthune, de raconter que Louis ne s'intéresse qu'à la chasse! C'est magnifique. Bravo! Bravissimo comme dirait ce fantoche de Conchine! Voici bien une remarque qui cloue le bec de bien des Conseillers, mon fils. Splendide!"
"Tout ceci est exact, mon Prince! Il s'agit d'une réalité depuis la paix d'Augsbourg accordée par Charles Quint en 1555. Elle peut se résumer, comme votre altesse l'a si bien dit, à : cuius regio, eius religio, soit, en français, "tel prince, telle religion"! Bien que je n'en doutais pas, je constate avec grande admiration, à quel point, votre altesse s'intéresse aux choses de la Politique. J'en suis gravement impressionné."
Louis n'était pas peu fier. Il cacha à tous, bien entendu, que c'était monsieur de Sully, pourtant son premier détracteur, qui l'avait informé de cette situation juste avant le Conseil. "Il est vraiment étrange ce Sully!" pensait-il en écoutant les louanges qui affluaient de tous.
...
09:00 Publié dans BRANDEBOURG, CAPE, CLEVES, EPEE, FRANCE, JULIERS, NEUBOURG, PASSAU, PERSONNAGES HISTORIQUES, SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, STRASBOURG | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01 octobre 2008
Père et fils.
"Les duchés bas-rhénans sont donc placés sous l'autorité d'un commissaire impérial. Rodolphe choisit pour jouer ce rôle, son cousin germain préféré, le fils de Charles de Styrie, le frère de Charles d'Autriche, l'un des prétendants, l'archiduc Léopold Guillaume d'Autriche, évêque de Passau et de Strasbourg. Dans le même temps, la veuve de Johann Wilhelm, la duchesse Antoinette de Lorraine souhaite ardemment, en mémoire de son défunt époux, écarter tout prince protestant de la succession. Ainsi travaille-t-elle pour que l'Espagnol et l'archevêque-électeur de Cologne, Ernest de Bavière, s'impliquent dans la défense des intérêts catholiques. Vous constatez, votre altesse, à quel point une simple querelle de famille peut avoir de graves conséquences et ce dans l'Europe entière."
"Oui, effectivement, La Force, mais je ne vois pas très bien encore le rôle de la France dans le conflit qui se dessine, même si je suis certain de l'intérêt de mon père pour une affaire dans laquelle sont engagés de nombreux Habsbourg! Vous ne pourrez pas vous défilez, mon bon La Force: il va falloir que vous m'en disiez d'avantage! Mais avant toute chose..."
Louis se tourna alors vers Henry. Celui-ci montrait une mine réjouie quoique légèrement rubiconde, le vin servi durant le repas ayant été particulièrement goulayant.
"... Mon père, je vous prie de bien vouloir m'autoriser à m'absenter quelques temps avant de reprendre afin que je prenne mes dispositions pour faire prévenir Elbeuf et... Hubert, mes amis qui doivent m'attendre dans le jardin. Nous devions passer la journée ensemble et je leur avais dit que ça ne durerait pas. Puis-je, sire?"
"Hubert?... Qui est celui-là mon fils? Il me semble ne point le connaître!"
"Vous m'en voyez fort étonné, sire, puisqu'il s'est présenté à moi suite à votre recommandation et que vous lui aviez envoyé votre capitaine des gardes comme escorte!"
Un nuage d'inquiétude assombrit le visage de Louis. Il ne dura, heureusement, pas.
"Ah oui! Il s'agit de ce garçon vif et intelligent que je rencontrais tantôt. Il est né dans une région chère à mon coeur et sous la protection d'une bonne amie à moi. Son précepteur est un garçon d'une grande qualité et à l'érudition parfaite, Bruneau de Bagnols. Vous faites bien de le prendre comme ami. Il doit avoir votre âge. Il ne lui manque que le nom. Ca serait bien le diable, jarnicoton, si vous ne vous entendiez point comme larrons en foire. Faites mon fils. Faites les prévenir. La Force peut bien attendre quelques instants avant de nous instruire."
"Merci votre Majesté."
Louis retrouva son calme. Il aurait été fâché de devoir se séparer de ce nouveau compagnon qui lui avait plu dès les premiers abords. Il fila donner ses instructions à un valet de pied.
Monsieur de Sully profita de ce nouvel interlude pour murmurer à Henry:
"Puis-je vous entretenir en particulier d'une affaire de la plus haute importance?"
Henry fut agacé par ce malotru qui venait lui briser un moment de plénitude royale. Mais comme il s'agissait de son plus proche conseiller, il se contenta de bougonner et l'écouta distraitement.
...
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